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Les femmes, grandes oubliées du synode

Article initialement publié sur Le Monde des religions*.

Lucetta Scaraffia est en colère. Invitée au synode sur la famille en tant qu’ « auditrice », cette journaliste du quotidien officiel du Vatican L’Osservatore Romano s’est sentie très peu écoutée durant les trois semaines de débat, dans un monde résolument masculin. Son message n’ayant pas été pris au sérieux, elle a choisi de crier son amertume dans une tribune publiée en Une du Monde, le 28 octobre dernier. Cette ancienne féministe y dénonce la « parfaite ignorance de la gent féminine » chez les évêques et cardinaux réunis au Vatican, du 4 au 25 octobre, pour discuter de la famille. Pendant les discussions en assemblée, elle n’a pas eu le droit d’intervenir, si ce n’est à la fin, et encore moins de voter, comme ce fut le cas pour les autres auditeurs. Elle n’a pas non plus eu le droit de proposer des modifications au texte soumis au débat. « Bref, explique-t-elle, tout contribuait à ce que je me sente inexistante. »  

La discussion des participants au synode a beaucoup porté sur « l’indissolubilité du mariage » et donc l’impossibilité, pour les catholiques, de se remarier. Mais lorsque Lucetta Scaraffia tente d’expliquer à l’assemblée que les femmes, souvent abandonnées par leur mari, sont les premières pénalisées dans cette situation, la journaliste a la sensation de « parler dans le vide ». À ses côtés, d’autres femmes participant au synode – toujours et seulement comme auditrices – ont tenté de se faire entendre. Comme cette jeune religieuse qui explique à Lucetta avoir découvert, lors d’un échange avec le pape, que les quatre lettres envoyées par son association, réclamant plus de place pour les religieuses, ne sont jamais parvenues au chef de l’Église catholique.

Au cœur du synode, la sœur américaine Maureen Kelleher, religieuse du Sacré-Cœur de Marie et membre de l’Union internationale des supérieurs généraux, prend la parole. En 1974, lors d’un précédent synode, relève-t-elle, seules deux religieuses avaient été invitées à participer.« Aujourd’hui, 40 ans plus tard, nous sommes trois. » Avec courage, la religieuse américaine adresse un vigoureux appel aux leaders de l’Église pour qu’ils reconnaissent « combien de nombreuses femmes qui se sentent appelées à être au service du Royaume de Dieu ne peuvent trouver leur place dans notre Église ». « Aussi douées soient-elles, soupire-t-elle, elles ne peuvent apporter leurs talents à la table des prises de décision et des planifications pastorales. »

La force des femmes face à Boko Haram

Deux autres auditrices, catholiques engagées, ne se sont pas non plus laissées intimidées. Agnes Offiong Erogunaye est présidente de la Catholic Women Organization of Nigeria. Devant l’assemblée d’hommes, elle témoigne de la force des femmes nigérianes face à la secte Boko Haram : « L’insurrection de Boko Haram au Nigeria a montré la force et le rôle d’une femme et d’une mère déterminée à garder sa famille réunie face à l’impuissance et à la calamité. Dans ces moments de détresse, elle travaille dur pour que sa famille survive. » Elle poursuit : « De mon expérience avec les femmes dans ces moments difficiles, je peux dire avec audace que, bien que l’homme soit le chef de famille, la femme est cependant le cœur de la famille, et quand le cœur cesse de battre, la famille meurt (…). La plupart des femmes africaines sont connues pour prendre soin de leur famille, avec ou sans la contribution de leurs époux ! »

L’Australienne Maria Harries, elle, invite à respecter, voire à s’inspirer de la culture des peuples aborigènes de son pays. Dans des systèmes souvent « matrilinéaires », explique-t-elle, les femmes jouent « un rôle dynamique », et sont habituées à « être visibles ». Pour appuyer son propos, elle va jusqu’à citer un chef aborigène : « Sans femmes visibles à l’autel et dans la vie de notre Eglise, nous mettons hors de vue nos mères, nos sœurs et nos filles ! »

Entendre la voix des femmes

« Je pense que le synode gagnerait vraiment à entendre la voix des femmes, a pour sa part estimé sœur Carmen Sammut, présidente de l’Union internationale des supérieures générales dans le quotidien La Croix, à l’issue du synode. Elles sont expertes en plusieurs domaines, très proches de la vie de ceux et celles qui souffrent, aux marges. » Elle avoue que le synode fut « une épreuve », car « il y avait si peu de femmes » que « l’universalité était en soit limitée ». « Forcément, dans cette rencontre, la voix de trois religieuses n’avait pas beaucoup de poids. Comme nos interventions sont arrivées en fin de deuxième semaine, certaines étaient devenues caduques. C’était assez frustrant. »

« J’ai vécu des moments de désolation quand j’ai pensé que tout était bloqué, confie encore la religieuse, et que rien de neuf n’allait apparaître dans le résultat final. » Cependant, quand elle découvre le rapport final, elle est plutôt satisfaite : « Il reconnaît que leur participation au sein de l’Église dans les processus de décision, dans la gouvernance de certaines institutions et dans la formation des prêtres, peut contribuer à une meilleure reconnaissance sociale des femmes. Nous attendons maintenant que ces déclarations soient mises en pratiques. »

Nommer plus de femmes à la curie romaine

N’y a-t-il donc eu aucun homme pour défendre la cause des femmes durant l’assemblée des évêques ? Si, au moins un ! Dans une intervention courageuse, l’évêque canadien Mgr Paul-André Durocher a demandé à l’Église d’affirmer « que les passages où saint Paul parle de la soumission de la femme à son mari ne peuvent pas justifier la domination de l’homme sur la femme, encore moins la violence à son égard ». Il a ensuite proposé la possibilité de « nommer des femmes aux postes qu’elles pourraient occuper dans la curie romaine et dans les curies diocésaines », afin de« reconnaître l’égale capacité des femmes d’assumer des postes décisionnels dans l’Église ». Pour l’instant, les femmes sont très rares à occuper des postes à responsabilité dans la curie romaine. Aucune n’est à la tête d’un dicastère (sorte de ministère). L’évêque canadien est même allé plus loin, en proposant l’accès des femmes au diaconat. Il confie cependant que cette suggestion a suscité « peu d’échos » dans la suite des débats. Sans doute faudra-t-il attendre un prochain synode pour que les femmes réussissent, cette fois, à faire entendre leur voix.

*Article publié sous pseudonyme.

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Ainsi soient-ils, dernière saison ce soir sur Arte !

Ils sont de retour ! Qui ? Yann, Guillaume, José… ce soir, les fameux séminaristes de la série Ainsi soient-ils, reviennent pour une troisième et dernière saison sur Arte.

Le pitch Quatre ans plus tard, les trois jeunes hommes, désormais devenus prêtres, sont dispersés dans différentes paroisses de France. Yann revient sur sa terre natale, en Bretagne, à  Plugneaux. Il est perturbé par le désir qu’il éprouve pour une amie d’enfance et doit faire face à des aveux compromettants d’un enfant à propos du prêtre qu’il vient seconder. Dans la commune d’Ussy-Saint-Germain en Ile de France, Guillaume a du mal à trouver sa place, restant bouleversé par sa relation précédente avec Emmanuel. A Toulouse, José doit s’imposer dans un conseil paroissial dirigé par Jeanne. A Paris, Mgr Poileaux, sur le point de quitter ses fonctions à la Conférence des évêques de France, se voit confier une mission secrète par le père Fromenger, qui pourrait le mener jusqu’au Vatican…

La vie de séminaristes… un sujet pas vraiment « sexy », au premier abord. Pourtant, Ainsi soient-ils, créée par David Elkaïm, Vincent Poymiro, Rodolphe Tissot et Bruno Nahon, est un réel succès de télévision française. La saison inaugurale, en 2012, a « cassé la baraque », selon les Inrocks, et dévoilé une « épatante série » pour Le Monde.  La première saison avait alors réuni 1,4 millions de téléspectateurs, score historique pour la chaine culturelleAinsi soient-ils  avait même été récompensée du prix de la meilleure série française au festival Séries Mania 2012.

Deux ans plus tard, pour la saison 2, les mésaventures des jeunes séminaristes ont rassemblé moins de monde : 760 000 téléspectateurs. Une audience restant largement correcte pour la chaine franco-allemande. Cette année, l’enthousiasme est encore là : Le Monde parle à nouveau de « petit miracle ».  Pour le Nouvel Obs« avec trois saisons de qualité (…) Ainsi soient-ils fait partie de ces séries qui ont redonné foi en la fiction française. » Enfin, la boucle est « brillamment bouclée » pour Les Inrocks.

La prouesse de cette série tient sans doute au fait qu’elle réussi à montrer des (futurs) hommes d’Eglise tels qu’ils sont dans la réalité : avant tout des hommes, avec leurs doutes et leurs faiblesses. Des problématiques réelles de la vie ecclésiale y sont évoquées sans tabou : difficulté à respecter son voeu de chasteté, attirance homosexuelle, solitude de la prêtrise, incompréhension des proches pour leur engagement radical, etc. Leur engagement en paroisse les amènera aussi à gérer des problèmes épineux comme l’accueil de l’étranger,  le suicide,  ou encore l’avortement.

Au risque de tomber dans la caricature et l’excès, ces rebondissement ont le mérite de tenir en haleine les téléspectateurs et de toucher un large public, où anticléricaux et croyants pourront se retrouver.

 Ainsi soient-ils ne se contente pas de surfer sur les sujets sulfureux tels que l’homosexualité et la chasteté. La série apporte un véritable éclairage sur les défis auxquels  l’Eglise française actuelle est confrontée. « Crise de vocation » des prêtres, difficultés financières des paroisses,  crispations permanentes entre  progressistes et conservateurs,  lourdeurs administratives , ou encore, poids de la hiérarchie. Ainsi soient-ils est aussi une grande série sur le pouvoir, la hiérarchie de l’Eglise, avec une véritable dimension politique qui arrive à son paroxysme dans la saison 3, qui doit nous plonger au coeur du Vatican.

Manque de vraisemblance ?

Certes, la série a été l’objet de critiques pour son manque de vraisemblance… au point d’en oublier qu’il s’agit d’une fiction ! Dans La Croix, un prêtre dénonçait ainsi le manque de crédibilité de la saison 1 :  « Il peut arriver que nous rencontrions les situations évoquées dans la série. Mais sur une échelle de quinze ans ! Ici, les profils les plus singuliers sont concentrés dans une promotion de cinq séminaristes. Ce n’est pas crédible. ».  Si certains aspects de la vie ecclésiale sont sans doute exacerbés, les réalisateurs ont pourtant pris le soin de demander conseil auprès de différents prêtres, d’ailleurs remerciés au générique. Les catholiques, eux, sont partagés. Certains détestent, d’autres adorent ! (voir les articles de 20minutes et La Vie).

Pédophilie, excès du pouvoir… on ne peut regarder la série sans se demander si les réalisateurs n’en profitent pas pour exposer leurs propres opinions et critiques sur les différentes positions de l’Eglise.  « On est plutôt sur le fil, c’est vrai, reconnaissait ce matin Rodolphe Tissot, l’un des créateurs de la série, sur France Inter. Forcément, nos convictions ressurgissent. Mais on essaie de faire une série qui soit, d’une manière large, sur les tolérances (…) et qui puisse exposer les points de vue de chacun. »  

Ce soir, à 20h50 sur Arte donc … Bonne série !

Coming out d’un prêtre homosexuel au Vatican : la fin d’un tabou ?

La nouvelle a fait la Une de tous les journaux . A la veille du synode sur la famille, un prêtre haut placé au Vatican, Krzysztof Charamsa, a révélé son homosexualité, et sa relation amoureuse avec son compagnon. Une révélation orchestrée pour être la plus retentissante possible : interview exclusive dans l’un des principaux quotidiens italiens (Il Corriere della Sera), puis convocation de la presse internationale dans un restaurant du centre de Rome.

Dimanche,  l’interview au Corriere fait l’effet d’une véritable bombe : « Je veux que l’Eglise et ma communauté sachent qui je suis : un prêtre homosexuel, heureux et fier de sa propre identité. Je suis prêt à en payer les conséquences, mais le moment est venu que l’Eglise ouvre les yeux devant les gays croyants et qu’elle comprenne que la solution qu’elle leur propose, l’abstinence totale et une vie sans amour, est inhumaine ».

Le Vatican ne tarde pas à réagir, avec un communiqué du porte-parole, le père Federico Lombardi :

« En dépit du respect que méritent les événements et situations personnelles et les réflexions sur celles-ci, le choix d’organiser une manifestation aussi éclatante à la veille de l’ouverture du synode semble très grave et irresponsable, parce que cela soumet l’assemblée synodale à une pression médiatique illégitime. Il est clair que Mgr Charamsa ne pourra plus continuer à exercer ses fonctions précédentes auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi et les universités pontificales. ». Le communiqué ajoute que son diocèse devra prendre une décision concernant son statut de prêtre (compromis par la rupture du voeu de chasteté).

Il se trouve que le père Krzysztof Charamsa est non seulement prêtre, mais occupe aussi un poste important à  la Curie romaine : il est membre de la prestigieuse Congrégation pour la doctrine de la foi (chargée de préserver la doctrine de l’Eglise !). En outre, il enseigne au sein de deux universités pontificales, et est secrétaire adjoint de la Commission théologique internationale.

Ce n’est pas la première fois qu’un prêtre du Vatican fait scandale en révélant aux médias son homosexualité… mais cela reste un fait rarissime. Ici, le moment choisi est particulièrement inédit : à la veille d’une grande assemblée des évêques du monde entier sur les questions liées à la famille. L’intention est donc de faire bouger la doctrine de l’Eglise sur l’homosexualité, pour l’instant considérée comme un véritable « péché ».  La réaction du Vatican a été particulièrement rapide et semble très sévère. Comment interpréter ce coming out fracassant et la réaction des autorités vaticanes ? Que dit l’Eglise sur l’homosexualité ? Enfin, le synode convoqué par le pape François pourra-t-il faire bouger les lignes ?

  • Lever un tabou

Par cette révélation fracassante à la veille d’un synode consacré à la famille, le père Charamsa  tente de lever un tabou : celui du regard que l’Eglise porte sur l’homosexualité… alors qu’elle est elle même concernée ! Selon le père Charamsa :

« Le clergé est largement homosexuel, et aussi malheureusement, homophobe jusqu’à la paranoïa car paralysé par le manque d’acceptation pour sa propre orientation sexuelle. »

A la question d’un journaliste qui lui demande s’il y a « vraiment beaucoup d’homosexuels au Vatican », il répond aussi : « dans toute société composée seulement d’hommes, il y a plus de gays que dans le reste du monde. »  

Plusieurs observateurs de l’Eglise et du Vatican, en off, le reconnaissent : certains hommes choisiraient l’engagement sacerdotal en espérant réprimer leur désir homosexuel. Mais ils se retrouvent dans un monde d’homme, où l’attirance homosexuelle serait alors plus difficile à contenir.

Il semblerait que peu de monde soit encore prêt, au Vatican comme dans l’Eglise, à lever le tabou. Le sujet dérange. Certes, il ne doit pas monopoliser les débats du synode sur la famille, qui englobe de nombreux autres sujets (les personnes âgées, l’éducation des enfants, la solitude, la stérilité, les familles en situation de conflits ou d’émigration, la violence conjugale, les problème de santé, de chômage, la polygamie – sujet évoqué par les évêques africains  – … pour n’en citer que quelques uns !). Mais reléguer l’homosexualité à un sujet ultra secondaire, c’est à nouveau en faire un tabou.

Lors du précédent synode sur la famille, le sujet de l’homosexualité, très médiatisé au départ, a finalement été peu discuté. Dans le rapport final, le paragraphe 55, pourtant timide, sur « l’attention pastorale » à l’égard des homosexuels et la nécessité de les accueillir « avec respect et délicatesse », n’avait pas requis la majorité qualifiée (bien qu’une relative majorité). A noter, le rapport intermédiaire, plus ambitieux, évoquait aussi le caractère « positif »de certaines relations homosexuelles.

  • Ce que dit l’Eglise sur l’homosexualité

Pour résumer, un peu comme sur le sujet de l’avortement, l’Eglise ne condamne pas l’attirance homosexuelle ni les personnes homosexuelles, mais les « actes homosexuels ».

–    La Bible : elle parle peu d’homosexualité. Dans la Genèse, le passage sur Sodome et Gomorrhe condamne plus la violence sexuelle, le viol que l’homosexualité. Le Lévitique est plus explicite, et dit que lorsque deux hommes sont « ensemble dans une même couche », c’est « abominable » (sic). Ces passages concernent donc aussi le judaïsme. Pour le Nouveau Testament, dans un épitre, Saint-Paul  parle de l’idolâtrie en la comparant à l’homosexualité.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) : il distingue les personnes, leur orientation affective et sexuelle (en parlant de « tendances homosexuelles », de « condition homosexuelle »), et enfin, les actes homosexuels. Le simple fait de distinguer les actes des personnes, aujourd’hui, pose problème, alors que certains homosexuels font valoir leur « identité homosexuelle ».

Le CEC considère alors les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés ». Une expression très dure qui a fait l’objet d’un débat lors du précédent synode pour la famille, sur la nécessité de trouver un autre langage plus audible dans la société actuelle.

Ce terme étrange de « désordonné », vient du latin « inordinatos », qui signifie plus « non ordonné » que « désordonné », et ainsi « non ordonné » selon le « dessein créateur de Dieu », explique le père Dominique Foyer, responsable du séminaire « Théologie et homosexualité(s) » à l’Université catholique de Lille. Le CEC écrit ainsi : ces actes « sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. »

Autre aspect très difficile à comprendre (bien que certains catholiques homosexuels s’y soumettent) : le CEC écrit donc que « les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. »

Pour le CEC, les personnes peuvent maitriser leurs actes, mais ne sont pas responsables de leur « condition homosexuelle », qu’elles n’ont pas choisie.

Enfin, le CEC précise aussi que les personnes homosexuelles « doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse », et qu’on « évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » Bon, on l’aura compris, il y a du travail à faire pour faire évoluer la doctrine, et par conséquent le regard sur l’homosexualité au sein de l’Eglise. Rappelons qu’il s’agit ici de la doctrine de l’Eglise catholique, émanant du Vatican… dans la pratique, l’accueil des homosexuels peut différer d’une paroisse à l’autre, d’un pays à l’autre, etc.

  • Et le pape, dans tout ça ?

Difficile de comprendre le fond de sa pensée. Il a plusieurs fois clairement défendu le seul mariage entre un homme et une femme. Mais sur l’accueil des homosexuels dans l’Eglise, sa position semble plus nuancée, bien que difficile à interpréter.

Certes, le pape François a brièvement rencontré récemment à Washington Kim Davis, greffière américaine ayant refusé d’établir des certificats de mariage à des personnes homosexuelles. Mais très rapidement, le Vatican, dans un communiqué, a voulu minimiser la portée de cette rencontre : une rencontre proposée par la nonciature à Washington, et non par le Vatican… dans laquelle le pape ne serait « pas entré dans les détails »,  et surtout à ne pas « interpréter comme un soutien à sa position ». En outre, le lendemain, le Vatican se fendait d’un nouveau communiqué pour confirmer… la rencontre du pape François avec l’un de ses anciens élèves argentin homosexuel, et son compagnon.

En 2013, le pape disait aussi : «  Si une personne est homosexuelle et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? Le Catéchisme dit de ne pas marginaliser ces personnes. Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, nous devons être frères, (…) le problème est de faire des lobbies, lobbies des affaires, lobbies politiques, lobbies des francs-maçons, c’est cela le problème le plus grave. »

  • Sanctionné pour avoir rompu son vœu de chasteté

Mais le combat de Krzysztof Charamsa va plus loin. Tout en demandant la fin de l’obligation de chasteté pour les homosexuels, en étant lui même prêtre, il semble aussi prôner la fin de l’obligation de célibat et de chasteté pour les prêtres. 

Les sanctions du Vatican (ne plus pouvoir exercer ses fonctions à la curie romaine) ne correspondent pas à son homosexualité, mais bien au fait d’avoir rompu son vœu de chasteté comme prêtre. Un prêtre qui aurait annoncé avoir une relation hétérosexuelle aurait eu droit aux mêmes sanctions. Dans l’Eglise catholique, pour être prêtre, on doit obéir à la règle du « célibat sacerdotal », qui signifie une obligation de chasteté.

En outre, ce n’est pas le coming out qui est jugé « irresponsable» par le Vatican, mais plutôt la méthode et le moment utilisé pour le faire. A savoir, le choix de le faire à la veille du synode, en convoquant toute la presse, photographes, caméras, micros, etc.

  • Une méthode contre-productive ?

De nombreux commentateurs, pourtant d’accord pour briser le tabou de l’homosexualité au sein de l’Eglise, se montrent dubitatifs quant à la méthode utilisée par le père Charamsa. Pour eux, sa révélation « fracassante » pourrait même être contre-productive vis-à-vis des laïcs homosexuels.

A vouloir défendre deux causes très différentes à la fois (l’homosexualité, et la non-chasteté des prêtres), son message se brouillerait.  Dans La Repubblica, la réaction de Yayo Grassi, ancien élève du pape François, homosexuel et vivant en couple, peut surprendre « Charamsa n’a fait aucune faveur ni à la cause des homosexuels, ni au pape François. Plutôt qu’aux journaux, il aurait pu parler de son homosexualité à un prêtre ou directement au pape (…) Il me semble plus être quelqu’un qui cherche à attirer l’attention des médias. Le timing est raté, la façon dont il a parlé ne va pas. »

Dans le journal de centre-gauche L’Unità, le théologien Gianni Gennari, ancien prêtre désormais marié et en faveur de l’ordination de prêtres mariés, se montre lui aussi sceptique : Charamsa  «a trahi la promesse du célibat, et il s’est trompé en en parlant avant le synode. En faisant ainsi, il aide la partie la plus conservatrice de l’Eglise, qui veut obstruer le parcours réformateur de Bergoglio ! ».

Même prudence sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, ancienne correspondante au Vatican pour La Croix : le prêtre Charamsa « pose le problème de la place des homosexuels dans l’Église de manière on ne peut plus bancale : car ce qui est en question ici, ce n’est pas l’orientation sexuelle d’un prêtre, mais la fidélité à un engagement de célibat pris librement. Et il y a fort à parier que cette mise en scène hautement médiatique ne fera guère avancer la cause de tous les homosexuels qui peinent à trouver leur place au sein de l’Église…».

A bord du vol papal pour l’Amérique latine

En juillet dernier, j’ai été amenée à participer au voyage du pape François en Amérique latine. Un réel défi  : premier voyage du pape dédié à son continent natal, premier voyage aussi dense (9 jours, 3 pays, 7 avions). Des journées de travail de 5h du matin à minuit, un décalage horaire de 6 à 7h, des dépêches à écrire dans un autocar ou dans le hall d’un aéroport, avec parfois des coupures d’Internet ou d’électricité. Une expérience intense, certes, mais extrêmement formatrice et inoubliable.

Arrivée à Quito, Equateur
Arrivée à Quito, Equateur
Descente d'avion du pape à Quito
Descente d’avion du pape à Quito

Voici trois moments particulièrement forts sur lesquels je propose de revenir.

  • L’atterrissage à El Alto, en Bolivie, plus haut aéroport du monde, à plus de 4000 mètres d’altitude. A bord d’un avion de la Bolivian de Aviacion prêté pour le pape et sa délégation, nous survolons, depuis l’Equateur, la cordillère des Andes, le lac Titicaca qui sépare le Pérou de la Bolivie, et puis enfin les hauts plateaux des Andes et ses glaciers. La descente commence. Soudain, un avion militaire, tout proche de notre avion, apparaît derrière le hublot. Il semble piquer vers le sol, puis réapparait. Le président bolivien a voulu sortir le grand jeu, et nous a envoyé des escortes militaires aériennes. Dans l’avion papal, malgré les turbulences, tous les journalistes se lèvent et cherchent à prendre une photo. 
Les Andes et ses glaciers
Les Andes et ses glaciers
escorte militaire aérienne
escorte militaire aérienne

Au moment de l’atterrissage, une ambiance surnaturelle nous attend. Un silence presque assourdissant, le silence des hauts plateaux de montagne. Un paysage lunaire, entouré de majestueux glaciers. Le froid vif qui rougit nos joues. Pas une seule habitation aux alentours. En revanche, comme à chaque atterrissage papal, un tapis rouge et une délégation. Avec le président bolivien, plusieurs enfants en habits traditionnels sont venus représenter les diverses ethnies du pays. L’un d’entre eux, portant une coiffe amérindienne plus grande que lui, se jette dans les bras du pape. Ce dernier s’est vu remettre, quelques instants plus tôt, une pochette autour du cou pour y glisser des feuilles de coca, qui aident à lutter contre la mal d’altitude.

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Garde andine
Garde andine

Nouvelle image insolite : le Président Evo Morales, ancien syndicaliste des producteurs de feuille de coca – dont on extrait aussi la cocaïne- , a le point gauche levé pendant que retentit l’hymne de son pays. A côté d’un pape parfois qualifié de “communiste“, cette posture d’Evo Morales, sur les photos, entretiendra l’ambiguïté.

Mais le président bolivien n’en est pas à son premier coup d’éclat. Plus tard, à La Paz, nous le verrons offrir au pape ce cadeau un brin provocateur d’un crucifix en forme de croix et de marteau, imaginé par le père jésuite Luis Espinal.

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Le surlendemain, les accents marxistes de cette visite papale en Bolivie reprendront lors du long monologue d’Evo Morales, vêtu d’un blouson à l’effigie de Che Gevara, à Santa Cruz della Sierra, au deuxième congrès mondial des mouvements populaires. Un discours vite concurrencé par le réquisitoire musclé du pape François contre l’“économie qui tue“ du sytème capitaliste et son “idole-argent“.

  • Un reportage au bidonville de Banado Norte, quartier très pauvre d’Asuncion, au Paraguay. Une escapade de 2h entre deux discours du pape m’a permis de rencontrer ses habitants, tous très souriants et accueillants, en dépits des graves inondations qu’ils ont du subir depuis un an. Le lendemain, ce n’est pas tant le discours du pape que les quelque 30 000 habitants du quartier retiendront, mais sa simple présence, au  milieu d’eux, et sa simplicité. Avant de prononcer son discours, le pape est arrivé en toute discrétion, sans caméras et journalistes, visiter deux  baraques de briques et de tôle où vivent des familles. Le pape semblait particulièrement à l’aise : lorsqu’il était encore archevêque de Buenos Aires, il avait l’habitude de se rendre dans les villas miserias (bidonvilles), à la périphérie de la capitale argentine.

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Voici un extrait du reportage réalisé là-bas :

(…) Petite et ronde, les yeux pétillants, Carmen fait visiter sa maison, qu’elle a nettoyé de fond en comble. Sa petite baraque, située dans une ruelle de terre, est faite de quelques briques empilées et d’un toit de tôle. C’est là qu’elle préparera sa surprise pour le pape : une soupe paraguayenne et du Beju, tortilla locale typique. “Au Paraguay, l’hospitalité est un devoir”, expliquent des voisins. Carmen ne travaille pas et son mari, atteint d’un cancer, non plus. C’est leur fille qui fait vivre le foyer, avec quelques ménages. Le quartier entier se prépare. Des banderoles jaunes et blanches, aux couleurs du Vatican, décorent les ruelles misérables, où des flaques de boues témoignent encore de la grande inondation de juillet 2014. Une habitante raconte : “Le jour de la crue, un prêtre a béni l’eau avec l’image de la Vierge, et l’eau est partie. Un miracle !” “Les inondations, cela nous arrive tous les ans. Le gouvernement nous aide peu. Que le pape vienne nous voir, c’est un autre miracle !”

  • La conférence de presse du pape François à bord de l’avion de retour entre Asuncion et Rome. Toute ma reconnaissance aux collègues qui m’ont laissé leur place pour poser une question au pape, au nom des journalistes francophones, pour ma “première fois“ à bord du vol papal. Voici, en résumé, la question posée : lors de son fameux discours aux mouvements populaires, le pape s’est-il posé comme “leader” de ces mouvements ? Pense-t-il que l’Eglise le suivra dans cette main tendue ? Le pape François répond  : “Ce n’est pas l’Eglise qui me suit, c’est moi qui suit l’Eglise”. Puis il explique que son discours n’est pas nouveau, qu’il s’agit de l’application pure et simple de la doctrine sociale de l’Eglise (en résumé, comment appliquer l’Evangile aux réalités politiques, économiques et sociales, et l’engagement des catholiques dans la vie sociale), à laquelle ont largement contribué ses prédécesseurs.

Il n’empêche, ce discours très politique, par sa forme particulièrement virulente et sans tabou, fera date. Le pape y dénonçait des “nouvelles formes de colonialisme“ comme “l’idole argent“, et appelait les peuples à s’unir pour favoriser le “changement“, face à un “système” devenu insupportable. Un discours très mal accueilli par les milieux républicains américains, à deux mois du voyage du pape aux Etats-Unis, certains accusant même le pape d’être un “dangereux marxiste”.

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Ce discours aux accents très socialistes doit cependant être comparé à un autre discours du pape, moins médiatisé, prononcé plus tard devant le président du Paraguay. Dans cet autre discours, François mettait en garde contre les “idéologies” qui ont une relation “maladive” avec le peuple, qui font “tout pour le peuple, mais rien avec” lui. Le pontife est même allé jusqu’à mettre en garde contre des idéologies se transformant en “dictatures”, prenant en exemple le “stalinisme et le nazisme”. Une critique voilée du socialisme latino-américain.

Pour un autre résumé plus complet du voyage du pape François en Amérique latine, voici le lien en accès libre vers ma dépêche bilan réalisée pour l’occasion.

THE END

A Naples, le pape François défie la Camorra

Article initialement publié dans La Vie, le 21 mars 2015.

Pour la première étape de son déplacement à Naples, ce samedi, le pape François avait choisi un lieu symbolique : Scampia, quartier défavorisé du nord de la ville, en proie au trafic de drogue et fief de la Camorra, mafia napolitaine. Sur la place Jean-Paul II, le pape s’est directement adressé aux jeunes du quartier qui, sans travail et livrés à eux même, finissent par devenir de petites mains de la mafia. Autour de cette place, les fameuses vele, tours délabrées de 14 étages en forme de voile. Ces logements sociaux, reliés par des labyrinthes de couloirs métallique facilitant la circulation de drogue, avaient inspiré le film Gomorra, tiré du best-seller du journaliste napolitain Roberto Saviano.

A Scampia, le pape s’est concentré sur les causes de la criminalité organisée : “Si on ne gagne pas son pain, on perd sa dignité !“, et alors, on risque de “tomber dans la délinquance“. Des phrases fortes ponctuées d’applaudissements enthousiastes de la jeunesse désabusée de Scampia. Le pape n’a jamais cité la mafia, mais les allusions étaient présentes : “Qui prend volontairement la voie du mal vole un bout d’espérance. Il le vole à lui-même et à tous, (…) à la bonne réputation de la ville et à son économie“.

Il faut dire que la Camorra est déjà très médiatisée dans cette banlieue qui souhaite redorer son image. Selon le maire de Naples, Luigi de Magistris, grâce au travail de la police, des magistrats et des associations locales, le trafic de stupéfiants y aurait diminué de 70% par rapport à 2012. Mais la Camorra résiste. La preuve, une semaine avant la venue du pape, des échanges de tirs ont eu lieu en plein coeur de Naples, entre une voiture et des motos.

“Convertissez-vous !“

Pour évoquer clairement la mafia, le pape a attendu d’être devant les quelques 30 000 fidèles, Piazza del plebiscito, grande place du centre historique de la cité parthénopéenne. Et François, cette fois-ci, s’est directement adressé aux mafieux : “Convertissez-vous à l’amour et à la justice ! (…) Avec la grâce de Dieu, qui pardonne tout, il est possible revenir à une vie honnête (…). Même les larmes des mères de Naples, mélangées avec celle de Marie, vous le demandent“.

Une humilité qui a touché Rosaria, jeune maman napolitaine venue écouter le pape avec sa petite Chiara : “Il a su se faire humble, même avec les délinquants. Il les a invités à se convertir. Cela n’a pas été impérieux. J’espère vraiment que quelqu’un accueillera cette invitation“.

Aux Napolitains, le pape a demandé, en référence au marché noir ou à la corruption qui alimentent la mafia, de ne pas céder “aux flatteries de gains faciles ou des revenus malhonnêtes“,mais aussi de réagir “avec fermeté aux organisations qui exploitent et corrompent les jeunes, les pauvres et les faibles, avec le commerce cynique de la drogue et d’autres crimes“.

Ce n’est pas la première fois que le pape use de paroles très dures contre la mafia. Un an plus tôt, jour pour jour, le pape François avait lancé le même appel à la conversion lors d’une veillée de prière, à Rome, pour les victimes de la mafia. Depuis une vingtaine d’année, à l’initiative de l’association Libera, la journée du 21 mars leur est dédiée. En juillet 2014, à Caserte, à 40km de Naples, le pape avait demandé de “dire non à toute forme d’illégalité“ et demandé le respect de “l’environnement“. Une référence aux déchets toxiques enfouis illégalement par la Camorra dans les sous-sols de la région.

Les mafieux sont “excommuniés“

Les paroles les plus fortes de François restent celles adressées à la ‘Ndrangheta, mafia calabraise, lors d’un déplacement dans la région, en juin 2014 : “Les mafieux sont excommuniés”, avait-il lancé, comme une sentence. Des paroles jamais prononcées par un pape jusque-là, et touchant à un autre aspect : l’ambiguité qu’entretiennent les cadres d’une pègre avec la religion catholique. “Les rites d’initiation des nouveaux mafieux ont des références à la religion et les ‘picciotti’ (hommes de main de la mafia, ndlr) prient avant de commettre un assassinat“, expliquait Nicola Gratteri, juge spécialiste de la ‘Ndrangheta, en novembre 2013.

Après ce discours, des mafieux avaient d’ailleurs défié le pape en faisant s’arrêter une statue de la Vierge, lors d’une processions religieuse, sous le balcon d’un “parrain“. Une réaction qui prouve aussi que la parole de l’Eglise, plus ferme que par le passé, déstabilise la mafia. Mais ce n’est pas sans danger : en 1993, Cosa Nostra avait répondu à un discours de Jean Paul II en plaçant des bombes devant la basilique papale Saint-Jean de Latran.

Le pape François, un pape “féministe” ?

Article initialement publié sur Le Monde des religions.

« Les femmes doivent être plus considérées dans l’Église. » Leur « émancipation » doit pouvoir « s’exprimer ». Depuis le début de son pontificat, le pape François multiplie les discours en faveur des femmes. Est-il pour autant féministe ? Si l’ordination des femmes ne fait pas partie de ses objectifs, il semble résolu à leur donner plus de visibilité. La réforme de la Curie (gouvernement de l’Église), chantier principal de son pontificat, pourrait lui donner l’occasion de nommer des figures féminines à la tête de dicastères (ministères). C’est sans compter les fortes résistances qu’il rencontre au sein de son administration.

Quelques jours seulement après son élection, le jeudi saint, le pape lave les pieds de deux femmes dans une prison romaine. Une première. Une semaine plus tard, dans un discours, il affirme que les femmes ont « un rôle particulier [pour] ouvrir les portes au Seigneur ». En novembre 2013, dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le pape est plus incisif : il invite à réfléchir « au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes ». En décembre 2014, il demande qu’elles soient « mieux reconnues dans leurs droits », dans « la vie sociale et professionnelle ».

« Comme les fraises dans un gâteau »

Mais François ne s’arrête pas aux paroles. En mars 2014, il nomme une nouvelle femme à la présidence de l’Académie pontificale des sciences sociales, la sociologue réputée Margaret Archer. En juillet, il choisit pour la première fois une femme à la tête d’une université pontificale, la religieuse Mary Melone. La Commission pontificale pour la protection des mineurs respecte désormais la plus stricte parité. En septembre, l’évêque de Rome nomme cinq femmes au sein de la prestigieuse Commission théologique internationale. Trois mois plus tard, il affirme : « Elles sont comme les fraises dans un gâteau ! Il en faut plus ! ».

Au Vatican, on murmure qu’il pourrait aller plus loin : choisir une religieuse à la direction du dicastère chargé de la pastorale des migrants. Le cardinal Maradiaga, coordinateur du Conseil de cardinaux aidant le pape à réformer la Curie, évoque la possibilité de placer un couple à la tête du Conseil pontifical pour les laïcs. La présence d’une femme au sommet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée ne paraît pas non plus impossible aux yeux de Lucetta Scaraffia, spécialiste du statut des femmes dans l’Église à L’Osservatore Romano.

Continuité dans le fond, rupture dans le style

Pour l’instant, les femmes n’ont jamais dépassé le grade de « numéro 3 » dans la Curie. C’est sous Benoît XVI en 2010, qu’est nommée la première femme laïque, Flaminia Giovanelli, sous-secrétaire d’un grand dicastère : le Conseil pontifical Justice et Paix. Un an après, la religieuse Nicla Spezzati devient numéro 3 de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée.

Sur le fond, le pape François s’inscrit dans la lignée de ces prédécesseurs Jean Paul II et Benoît XVI. Ce dernier avait même soutenu la naissance d’un supplément féminin à L’Osservatore Romano. C’est dans la tonalité de ses discours que Bergoglio se distingue en dénonçant avec « un courage nouveau la condition de subalternité des femmes dans l’Église », estime Lucetta Scaraffia. « Il est plus audacieux dans sa façon de s’exprimer, de décider, renchérit Romilda Ferrauto, rédactrice en chef de la section française de Radio Vatican. Son parcours personnel fait la différence. » Et pour cause : dans La Vie occulte de Jorge Bergoglio, Armando Rubén Puente raconte comment le cardinal Jorge Mario Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires, avait sauvé des prostituées des rues et de leurs exploiteurs.

Mais cette attitude ne plaît pas à tout le monde. Plusieurs cardinaux de Curie ne cachent plus leur exaspération. Si François décidait de nommer des femmes à la tête de dicastères, « cela voudrait dire qu’elles prendraient des postes de carrière. Il y aurait des résistances énormes, avance Lucetta Scaraffia. Je ne sais pas si le pape peut les affronter. » « Cela ne va pas être simple. Comme le reste de la réforme de la Curie », admet Romilda Ferrauto.

Pas d’ordination sacerdotale

Le discours inédit du pape a cependant de solides limites. Sur l’ordination de femmes, il est catégorique : « le sacerdoce réservé aux hommes (…) ne se discute pas », écrit-il dans Evangelii Gaudium. François confirme la position de l’Église quand il prête des qualités propres à la femme : « elle est celle qui porte, la mère de la communauté. » Le féminisme ? Une « philosophie qui court le risque de se transformer en machisme en jupons ». Voilà qui est clair.

« Le Vatican maintient l’idée que les hommes et les femmes ont des rôles différents et complémentaires, confirme Lucetta Scaraffia. Le problème c’est qu’on considère que le rôle des hommes est supérieur, alors que non. Les femmes n’ont pas besoin d’un rôle sacerdotal. »

Kate McElwee est directrice de l’organisation américaine Women’s ordination Conference à Rome, en faveur de l’ordination de femmes. La position de l’Église, estime-t-elle, est « sexiste. Dire que les femmes sont plus spirituelles, maternelles, cela permet de justifier que l’autorité soit donnée aux hommes ».

Valoriser les femmes engagées sur le terrain

Kate McElwee participait, du 4 au 7 février dernier, à un colloque sur les femmes organisé par le Conseil pontifical de la culture. Sur le livret de présentation, l’ordination féminine n’est pas à l’ordre du jour : « selon les statistiques, le sujet suscite un faible intérêt. » « J’aimerais bien les voir les statistiques ! », ironise-t-elle, alors que 63 % des catholiques américains seraient en faveur de l’ordination de femmes. En France, selon un sondage publié dans Le Monde et La Croix en 2009, 63 % des pratiquants réguliers y étaient favorables.

Pour autant, tempère Romilda Ferrauto, cette rencontre a permis de mettre en avant le rôle de religieuses sur le terrain, notamment sœur Eugenia Bonetti, symbole de la lutte contre le trafic européen d’immigrées africaines contraintes à la prostitution. « Les religieuses sont les seules à pouvoir approcher avec facilité les prostituées », estime la responsable de Radio Vatican. « Aujourd’hui, les religieuses constituent les deux tiers de la communauté, et n’ont aucune voix », déplore Lucetta Scaraffia.

Anne-Marie Pelletier, enseignante au Collège des Bernardins et lauréate du prix Ratzinger 2014, a participé au colloque du Conseil pontifical de la culture. Elle constate : « Aujourd’hui, un certain nombre de femmes prennent leur distance avec l’institution ecclésiale qu’elles estiment peu reconnaissante de l’énorme labeur qu’elles accomplissent. »

Des femmes au séminaire et plus de théologiennes

Lucetta Scaraffia milite également pour permettre à davantage de femmes d’enseigner dans les séminaires : « Les futurs prêtres seraient habitués à voir des femmes dans des positions supérieures. Pour le moment, ils ne voient que des domestiques qui lavent des plats ! »

C’est d’ailleurs dans le domaine intellectuel que le pape François semble le plus disposé à placer les femmes. Il faut « tirer le meilleur profit [de] leur apport spécifique à l’intelligence de la foi », disait-il en décembre à la Commission théologique internationale. Pour cela, il faudrait « repenser toute la tradition chrétienne en tenant compte des femmes dans l’Évangile : Marthe, Marie, la Samaritaine et Marie-Madeleine, envisage Lucetta Scaraffia. Les Pères de l’Église parlaient de la féminité de Dieu interprétée par l’Esprit-Saint ». « Ce type d’évolution un peu tellurique ne peut se faire qu’avec un minimum de patience et de confiance. Mais le mouvement est amorcé », se réjouit déjà Anne-Marie Pelletier.

Balade dans les jardins du Vatican…

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir visiter un lieu de Rome longtemps fantasmé car peu accessible au public : les Jardins du Vatican. Merci le Centro San Lorenzo pour la visite groupée avec deux charmants Gardes suisses !

Je me permets de vous en faire profiter un peu…

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Arrivée sur le côté droit de la basilique Saint-Pierre, début de la visite dans les “coulisses” version plein air du Vatican…

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La fameuse “Maison Sainte-Marthe”, résidence d’accueil des visiteurs du Saint-Siège, et où logent tous les cardinaux réunis en conclave. Une fois élu pape, José Mario Bergoglio a finalement décidé de rester y vivre plutôt que  de prendre possession des appartements pontificaux dans le somptueux Palais apostolique.

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La coupole de la basilique Saint-Pierre vue de derrière, dans les jardins du Vatican ! Nous y sommes…

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Jardins du Vatican…
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Statue de la Vierge Marie ayant fait dévier la trajectoire de la balle qui visait mortellement Jean-Paul II lors de l’attentat du 13 mai 1981 (selon les mots du pape).

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Au loin, la tour Saint-Jean : l’ancien secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, y a vécu. En 2008, Benoit XVI y a reçu le président américain Georges W. Bush. Depuis juin 2014, la tour est le siège du nouveau dicastère créé par le pape François, la Secrétariat pour l’économie.

De plus près :

IMG_1805 IMG_1800IMG_1790Reproduction de la grotte de Lourdes dans les jardins du Vatican. Chaque jour en fin d’après-midi, Benoît XVI, qui vit depuis sa renonciation dans le monastère Mater Ecclesiae des jardins (je n’ai pas eu l’occasion de le voir mais je saurai me rattraper !) va prier devant cette statue de la vierge.

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Olivier vieux de 200 ans, ayant poussé à Nazareth, offert en cadeau à Benoit XVI par le Premier ministre israélien Benjamin Nethanyahu.

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De retour à la basilique (de derrière)…IMG_1811

Arrivée derrière la place Saint-Pierre. Fin de la visite !IMG_1815

 

THE END