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A bord du vol papal… avec 12 réfugiés !

« C’est un voyage un peu différent des autres, un voyage un peu triste ». A l’aller, entre Rome et Lesbos, le pape François avait donné le ton. Pourtant, les journalistes étaient loin de s’imaginer combien ces mots allaient prendre tout leur sens au vol retour.

Le voyage en soi était déjà inédit : organisée en un temps record, cette visite « éclair » n’a duré que quelques heures, comme le déplacement du pape à Lampedusa (Sicile), autre île marquée par la crise migratoire. Mais il s’agissait, cette fois-ci, d’une visite d’État, puisque le pape quittait l’Italie. Et elle fut moins « différente » qu’historique. Quel chef religieux, ou chef d’État, a déjà ramené, à bord de son avion, 12 réfugiés ?

A l’aller, le pape François est souriant et décontracté. Comme à son habitude, il prend le temps de saluer un à un les journalistes présents à bord de l’avion papal, dans lequel j’ai eu pour la deuxième fois l’immense chance d’embarquer. A ceux qu’ils connaît mieux, il claque la bise. Se laisse prendre en photo par les smartphones et tablettes, prend le temps de chausser ses lunettes pour lire les lettre qu’on lui donne.

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A mes côtés, le correspondant d’un quotidien  lui tend son Exhortation apostolique sur la famille, Amoris Laetitia, pour la faire dédicacer. Le pape s’exécute, appliqué, puis lui lance : « Je t’appelle, hein ! ».  

Cela fait un moment que ce journaliste cherche à obtenir une interview du pape. Il reste interdit, et me glisse ensuite, amusé : « Je ne savais pas trop quoi répondre, est-ce qu’il a mon numéro de portable au moins ?  ». Avec François, c’est comme ça. Il tutoie, il apostrophe : combien de personnes, qui lui ont un jour écrit, ont décroché leur téléphone et cru à une blague en entendant à l’autre bout du fil :« Bonjour, c’est le pape François  » ?

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Un voyage « triste », c’est vrai aussi. A l’arrivée à Lesbos, les journalistes sont trimballés directement de l’aéroport, dans une salle municipale improvisée à la hâte en salle de presse. Entre temps, nous embarquons dans un bus et avons le temps de voir défiler les rivages de l’île bordés d’oliviers, le bleu azur de la mer Égée et ses reflets turquoises, et, en face, les côtes de l’Anatolie se détacher. On imagine, de l’autre côté, les réfugiés caressant le rêve européen, les yeux fixés sur les côtes grecques.

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photo 3 (4)Dans cette salle de presse de fortune, où l’on manque de se prendre les pieds dans les câbles, règne un brouhaha permanent. Nos yeux, attirés par la vue magnifique sur le port, n’en sont pas moins rivés sur l’immense télévision transmettant en direct l’arrivée du pape François au camp de réfugiés de Moria. Accompagné du patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée 1er et de l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme II, il salue, un à un,  250 demandeurs d’asile. Il s’arrête pour discuter avec eux, souvent des femmes, voilées, qui s’adressent à lui d’une voix saccadée, et sont traduites de l’arabe par un interprète.

Soudain, le brouhaha s’interrompt. Les doigts arrêtent de taper sur les claviers. Sur l’écran, un réfugié, à genoux devant le pape, éclate en sanglots et s’effondre à terre, si bien qu’on ne le voit même plus. Nous n’entendons plus que ses supplications : « bless me, bless me ! » (Bénissez-moi !).

La scène est glaçante. Elle se reproduira quelques minutes plus tard, lorsqu’une réfugiée, devant les barbelés, poussera de longs gémissements devant le pape, visiblement très ému.

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Au retour, le pape a confié que ce voyage avait été « trop dur » pour lui. Dès le lendemain de sa visite, pour la prière mariale du Regina Caeli, place Saint-Pierre, il rapporte l’une des nombreuses histoires que lui ont confiées les réfugiés de ce camp. Un jeune musulman, d’une quarantaine d’années, lui a raconté comment son épouse chrétienne, qu’il aimait de tout son cœur, a été égorgée par les terroristes de l’Etat islamique pour avoir refusé de renier sa foi.

Et puis, il y avait les enfants. Dans le camp de Moria, le pape en a pris certains dans ses bras, et reçu des dizaines de dessins en guise de cadeaux.

Là aussi, ces croquis d’enfants sont « différents ». Ils sont naïfs et saisissants à la fois. Pendant le vol retour, lors de la conférence de presse, le pape, bouleversé, les a longuement montrés aux journalistes. Certains montrent des enfants se noyer en pleine mer.

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Dans la salle de presse, vers 11 heures, la rumeur enflait dans les médias italiens : « le pape va ramener avec lui des réfugiés au Vatican ». Au début,  personne n’y croit. On pense même à une blague. La télévision italienne (et une bonne partie des médias italiens) a souvent tendance à exagérer ou à publier des informations sans vérification rigoureuse. Puis, tombe une dépêche AFP citant notamment la télévision grecque.

Quelques heures plus tard, nous n’avons toujours pas de précisions du Vatican. Le porte-parole, le père Federico Lombardi, ne souhaite ni confirmer, ni démentir « pour l’instant », ce qui, dans le langage « Lombardi » que les journalistes du Vatican commencent à maîtriser, fait office de confirmation. Alors, dans le bus pour  l’aéroport de Mytilène, tout le monde s’interroge : Combien seront-ils ? Seront-ils vraiment à bord de l’avion papal, au milieu d’entre nous ? Partiront-ils quelques jours plus tard ?

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Sur le tarmac de l’aéroport, les réponses ne se font pas attendre. Alors que je suis au téléphone avec Radio Vatican  pour raconter mes impressions, je vois mes confrères coller leur nez contre la vitre du minibus nous rapprochant de l’avion. Les caméras s’allument.

Sous nos yeux ébahis, 12 réfugiés montent les escaliers de l’entrée avant de l’appareil, celle par laquelle entrent le pape et ses collaborateurs (les journalistes montent par l’arrière). L’un d’entre eux porte un enfant dans ses bras. C’était donc vrai ! Nous vivons un moment historique.

N’ayant plus accès à Internet, j’appelle ma collègue à Rome (oh combien précieuse) qui au même moment, a reçu un communiqué du Vatican : ils sont 12 Syriens, tous musulmans, dont trois familles et six enfants.

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Tous musulmans : je soupire déjà à l’idée de la polémique qui va se créer, en France, y compris chez certains fidèles catholiques. Musulmans, oui, mais fuyant les même conflits que leurs frères chrétiens persécutés. Leurs maisons ont été bombardées dans la banlieue de Damas par l’armée de Bachar al-Assad, d’autres sont originaires de Deir el-zor, zone contrôlée par l’Etat islamique, dont ils ont fui les terroristes.

Le pape dit ne pas avoir choisi entre chrétiens et musulmans, ceux-là faisaient partie des rares familles de réfugiés de Lesbos ayant leurs papiers en règles et étant arrivés avant le 20 mars, date de l’entrée en vigueur de l’accord UE-Turquie. Fin de l’histoire. Nous envoyons un « Urgent ». L’avion décolle.

L’aventure est loin d’être finie puisqu’en près de 2 heures de vol, il va falloir en savoir plus sur ces réfugiés et ce geste spectaculaire, lors de la conférence de presse du pape François, et préparer l’envoi d’une nouvelle dépêche. Le tout avec un énorme plateau-repas délicieux (et chaud !) avec serviettes en tissu, tasses en porcelaine et vrais couverts, servi par Alitalia. Nous avons à peine le temps de l’engloutir, et de toute façon il nous encombre. L’ordinateur prend toute la place sur la tablette.

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© Twitter/@FannyCarrier, Journaliste AFP à bord de l’avion papal.

Dans l’avion, nous ne pouvons pas voir tout de suite les 12 réfugiés, séparés de nous par des rideaux. Mais pendant la conférence de presse du pape, on entend derrière ses mots quelques pleurs d’enfants.

Soudain, dans l’allée, je vois s’approcher une maman dont le visage est entouré d’un hijab blanc. Elle s’approche, précédée de son mari, tenant sa petite fille par la main : une pause pipi s’impose !

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Ils sont souriants et intimidés, se laissent prendre en photo mais impossible de les interroger, les services de sécurité demandent de ne pas les déranger. Le moment des interviews sera pour plus tard, une fois arrivés à Rome, au siège de la communauté Sant’Egidio, au cœur du Trastevere. Cette communauté de laïcs catholiques est un peu considérée comme la diplomatie officieuse du Vatican, et aussi une experte reconnue dans l’accueil des réfugiés. C’est elle qui a mis en place, récemment, un “couloir humanitaire“ entre le Liban et l’Italie pour aider d’autres réfugiés syriens, avec l’appui du gouvernement italien et d’organisations chrétiennes.

Réalisent-ils ce qui vient de leur arriver ? C’est sans doute la première fois pour ces enfants qu’ils prennent l’avion – et quel avion ! Plus tard, on saura que le pape est venu à leur rencontre dans la cabine. Depuis, le petit Riad, fils de Nour et Hassan, microbiologiste et ingénieur, ne cesse d’embrasser la photo du pontife.

A l’arrivée, le pape François salue à nouveau les réfugiés Syriens… qui disparaissent bien vite au poste de carabiniers italiens de l’aéroport de Ciampino, conduits pour être interrogés, comme le veut la législation italienne, et pour que leur visa humanitaire soit vérifié. Pour eux, l’aventure se poursuit (apprentissage de l’italien, demande d’asile), mais un énorme poids vient de leur être enlevé. Le soir-même, ils dormiront pour la première fois depuis longtemps dans un vrai lit, pourront se doucher, prendre un repas chaud. A ceux qui critiquaient déjà ce geste, le pape a répondu en paraphrasant Mère Teresa : « ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer, mais après, la mer ne sera plus la même ».

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Le pape ne s’est pas contenté d’un geste spectaculaire. Sur place, il a eu un discours aux accents fortement politique à l’égard de l’Europe, et de la communauté internationale, invitant ses dirigeants à s’attaquer aux causes de la crise migratoire : la guerre qui perdure en Syrie, le trafic d’armes, les soutiens financiers et politiques aux terroristes, le trafic d’être humains… C’est pour que ces mots ne soient pas vains que ce pape, qui privilégie toujours l’action à la parole,  y a joint un geste pour bouleverser les consciences.

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Coming out d’un prêtre homosexuel au Vatican : la fin d’un tabou ?

La nouvelle a fait la Une de tous les journaux . A la veille du synode sur la famille, un prêtre haut placé au Vatican, Krzysztof Charamsa, a révélé son homosexualité, et sa relation amoureuse avec son compagnon. Une révélation orchestrée pour être la plus retentissante possible : interview exclusive dans l’un des principaux quotidiens italiens (Il Corriere della Sera), puis convocation de la presse internationale dans un restaurant du centre de Rome.

Dimanche,  l’interview au Corriere fait l’effet d’une véritable bombe : « Je veux que l’Eglise et ma communauté sachent qui je suis : un prêtre homosexuel, heureux et fier de sa propre identité. Je suis prêt à en payer les conséquences, mais le moment est venu que l’Eglise ouvre les yeux devant les gays croyants et qu’elle comprenne que la solution qu’elle leur propose, l’abstinence totale et une vie sans amour, est inhumaine ».

Le Vatican ne tarde pas à réagir, avec un communiqué du porte-parole, le père Federico Lombardi :

« En dépit du respect que méritent les événements et situations personnelles et les réflexions sur celles-ci, le choix d’organiser une manifestation aussi éclatante à la veille de l’ouverture du synode semble très grave et irresponsable, parce que cela soumet l’assemblée synodale à une pression médiatique illégitime. Il est clair que Mgr Charamsa ne pourra plus continuer à exercer ses fonctions précédentes auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi et les universités pontificales. ». Le communiqué ajoute que son diocèse devra prendre une décision concernant son statut de prêtre (compromis par la rupture du voeu de chasteté).

Il se trouve que le père Krzysztof Charamsa est non seulement prêtre, mais occupe aussi un poste important à  la Curie romaine : il est membre de la prestigieuse Congrégation pour la doctrine de la foi (chargée de préserver la doctrine de l’Eglise !). En outre, il enseigne au sein de deux universités pontificales, et est secrétaire adjoint de la Commission théologique internationale.

Ce n’est pas la première fois qu’un prêtre du Vatican fait scandale en révélant aux médias son homosexualité… mais cela reste un fait rarissime. Ici, le moment choisi est particulièrement inédit : à la veille d’une grande assemblée des évêques du monde entier sur les questions liées à la famille. L’intention est donc de faire bouger la doctrine de l’Eglise sur l’homosexualité, pour l’instant considérée comme un véritable « péché ».  La réaction du Vatican a été particulièrement rapide et semble très sévère. Comment interpréter ce coming out fracassant et la réaction des autorités vaticanes ? Que dit l’Eglise sur l’homosexualité ? Enfin, le synode convoqué par le pape François pourra-t-il faire bouger les lignes ?

  • Lever un tabou

Par cette révélation fracassante à la veille d’un synode consacré à la famille, le père Charamsa  tente de lever un tabou : celui du regard que l’Eglise porte sur l’homosexualité… alors qu’elle est elle même concernée ! Selon le père Charamsa :

« Le clergé est largement homosexuel, et aussi malheureusement, homophobe jusqu’à la paranoïa car paralysé par le manque d’acceptation pour sa propre orientation sexuelle. »

A la question d’un journaliste qui lui demande s’il y a « vraiment beaucoup d’homosexuels au Vatican », il répond aussi : « dans toute société composée seulement d’hommes, il y a plus de gays que dans le reste du monde. »  

Plusieurs observateurs de l’Eglise et du Vatican, en off, le reconnaissent : certains hommes choisiraient l’engagement sacerdotal en espérant réprimer leur désir homosexuel. Mais ils se retrouvent dans un monde d’homme, où l’attirance homosexuelle serait alors plus difficile à contenir.

Il semblerait que peu de monde soit encore prêt, au Vatican comme dans l’Eglise, à lever le tabou. Le sujet dérange. Certes, il ne doit pas monopoliser les débats du synode sur la famille, qui englobe de nombreux autres sujets (les personnes âgées, l’éducation des enfants, la solitude, la stérilité, les familles en situation de conflits ou d’émigration, la violence conjugale, les problème de santé, de chômage, la polygamie – sujet évoqué par les évêques africains  – … pour n’en citer que quelques uns !). Mais reléguer l’homosexualité à un sujet ultra secondaire, c’est à nouveau en faire un tabou.

Lors du précédent synode sur la famille, le sujet de l’homosexualité, très médiatisé au départ, a finalement été peu discuté. Dans le rapport final, le paragraphe 55, pourtant timide, sur « l’attention pastorale » à l’égard des homosexuels et la nécessité de les accueillir « avec respect et délicatesse », n’avait pas requis la majorité qualifiée (bien qu’une relative majorité). A noter, le rapport intermédiaire, plus ambitieux, évoquait aussi le caractère « positif »de certaines relations homosexuelles.

  • Ce que dit l’Eglise sur l’homosexualité

Pour résumer, un peu comme sur le sujet de l’avortement, l’Eglise ne condamne pas l’attirance homosexuelle ni les personnes homosexuelles, mais les « actes homosexuels ».

–    La Bible : elle parle peu d’homosexualité. Dans la Genèse, le passage sur Sodome et Gomorrhe condamne plus la violence sexuelle, le viol que l’homosexualité. Le Lévitique est plus explicite, et dit que lorsque deux hommes sont « ensemble dans une même couche », c’est « abominable » (sic). Ces passages concernent donc aussi le judaïsme. Pour le Nouveau Testament, dans un épitre, Saint-Paul  parle de l’idolâtrie en la comparant à l’homosexualité.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) : il distingue les personnes, leur orientation affective et sexuelle (en parlant de « tendances homosexuelles », de « condition homosexuelle »), et enfin, les actes homosexuels. Le simple fait de distinguer les actes des personnes, aujourd’hui, pose problème, alors que certains homosexuels font valoir leur « identité homosexuelle ».

Le CEC considère alors les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés ». Une expression très dure qui a fait l’objet d’un débat lors du précédent synode pour la famille, sur la nécessité de trouver un autre langage plus audible dans la société actuelle.

Ce terme étrange de « désordonné », vient du latin « inordinatos », qui signifie plus « non ordonné » que « désordonné », et ainsi « non ordonné » selon le « dessein créateur de Dieu », explique le père Dominique Foyer, responsable du séminaire « Théologie et homosexualité(s) » à l’Université catholique de Lille. Le CEC écrit ainsi : ces actes « sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. »

Autre aspect très difficile à comprendre (bien que certains catholiques homosexuels s’y soumettent) : le CEC écrit donc que « les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. »

Pour le CEC, les personnes peuvent maitriser leurs actes, mais ne sont pas responsables de leur « condition homosexuelle », qu’elles n’ont pas choisie.

Enfin, le CEC précise aussi que les personnes homosexuelles « doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse », et qu’on « évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » Bon, on l’aura compris, il y a du travail à faire pour faire évoluer la doctrine, et par conséquent le regard sur l’homosexualité au sein de l’Eglise. Rappelons qu’il s’agit ici de la doctrine de l’Eglise catholique, émanant du Vatican… dans la pratique, l’accueil des homosexuels peut différer d’une paroisse à l’autre, d’un pays à l’autre, etc.

  • Et le pape, dans tout ça ?

Difficile de comprendre le fond de sa pensée. Il a plusieurs fois clairement défendu le seul mariage entre un homme et une femme. Mais sur l’accueil des homosexuels dans l’Eglise, sa position semble plus nuancée, bien que difficile à interpréter.

Certes, le pape François a brièvement rencontré récemment à Washington Kim Davis, greffière américaine ayant refusé d’établir des certificats de mariage à des personnes homosexuelles. Mais très rapidement, le Vatican, dans un communiqué, a voulu minimiser la portée de cette rencontre : une rencontre proposée par la nonciature à Washington, et non par le Vatican… dans laquelle le pape ne serait « pas entré dans les détails »,  et surtout à ne pas « interpréter comme un soutien à sa position ». En outre, le lendemain, le Vatican se fendait d’un nouveau communiqué pour confirmer… la rencontre du pape François avec l’un de ses anciens élèves argentin homosexuel, et son compagnon.

En 2013, le pape disait aussi : «  Si une personne est homosexuelle et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? Le Catéchisme dit de ne pas marginaliser ces personnes. Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, nous devons être frères, (…) le problème est de faire des lobbies, lobbies des affaires, lobbies politiques, lobbies des francs-maçons, c’est cela le problème le plus grave. »

  • Sanctionné pour avoir rompu son vœu de chasteté

Mais le combat de Krzysztof Charamsa va plus loin. Tout en demandant la fin de l’obligation de chasteté pour les homosexuels, en étant lui même prêtre, il semble aussi prôner la fin de l’obligation de célibat et de chasteté pour les prêtres. 

Les sanctions du Vatican (ne plus pouvoir exercer ses fonctions à la curie romaine) ne correspondent pas à son homosexualité, mais bien au fait d’avoir rompu son vœu de chasteté comme prêtre. Un prêtre qui aurait annoncé avoir une relation hétérosexuelle aurait eu droit aux mêmes sanctions. Dans l’Eglise catholique, pour être prêtre, on doit obéir à la règle du « célibat sacerdotal », qui signifie une obligation de chasteté.

En outre, ce n’est pas le coming out qui est jugé « irresponsable» par le Vatican, mais plutôt la méthode et le moment utilisé pour le faire. A savoir, le choix de le faire à la veille du synode, en convoquant toute la presse, photographes, caméras, micros, etc.

  • Une méthode contre-productive ?

De nombreux commentateurs, pourtant d’accord pour briser le tabou de l’homosexualité au sein de l’Eglise, se montrent dubitatifs quant à la méthode utilisée par le père Charamsa. Pour eux, sa révélation « fracassante » pourrait même être contre-productive vis-à-vis des laïcs homosexuels.

A vouloir défendre deux causes très différentes à la fois (l’homosexualité, et la non-chasteté des prêtres), son message se brouillerait.  Dans La Repubblica, la réaction de Yayo Grassi, ancien élève du pape François, homosexuel et vivant en couple, peut surprendre « Charamsa n’a fait aucune faveur ni à la cause des homosexuels, ni au pape François. Plutôt qu’aux journaux, il aurait pu parler de son homosexualité à un prêtre ou directement au pape (…) Il me semble plus être quelqu’un qui cherche à attirer l’attention des médias. Le timing est raté, la façon dont il a parlé ne va pas. »

Dans le journal de centre-gauche L’Unità, le théologien Gianni Gennari, ancien prêtre désormais marié et en faveur de l’ordination de prêtres mariés, se montre lui aussi sceptique : Charamsa  «a trahi la promesse du célibat, et il s’est trompé en en parlant avant le synode. En faisant ainsi, il aide la partie la plus conservatrice de l’Eglise, qui veut obstruer le parcours réformateur de Bergoglio ! ».

Même prudence sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, ancienne correspondante au Vatican pour La Croix : le prêtre Charamsa « pose le problème de la place des homosexuels dans l’Église de manière on ne peut plus bancale : car ce qui est en question ici, ce n’est pas l’orientation sexuelle d’un prêtre, mais la fidélité à un engagement de célibat pris librement. Et il y a fort à parier que cette mise en scène hautement médiatique ne fera guère avancer la cause de tous les homosexuels qui peinent à trouver leur place au sein de l’Église…».

Congrès américain : le pape a-t-il sauté volontairement un passage de son discours sur la finance ?

Les observateurs sont unanimes : le discours du pape François devant le Congrès américain, hier, était historique. Ne serait-ce parce que c’était la première fois qu’un pape s’adressait aux deux chambres du Congrès américain réunies. Les thèmes choisis devant un congrès pourtant conservateur étaient audacieux : les migrants, l’abolition totale de la peine de mort, le commerce des armes… Un thème, pourtant, a semblé quasiment absent du discours : la finance.

C’est pourtant sur ce thème que le pape était très attendu, lui qui, dans son Encyclique Laudato si’ et devant les mouvements populaires en Bolivie, cet été, avait dénoncé les dérives du système capitaliste – sans jamais le nommer- avec des termes très vigoureux : des “nouvelles formes de colonialisme” fondées sur le “dieu argent”, une “économie qui tue”, qui “exclut”, etc.

Un discours qui avait suscité l’ire des milieux néo conservateurs américains, le qualifiant de “dangereux“ marxiste. Il se trouve que le discours prévu (distribué auparavant aux journalistes) contenait bien un passage sur la finance, que le pape François a sauté lors de son allocution. Il y assurait notamment, s’appuyant sur la Déclaration d’indépendance américaine de juillet 1776 :

« Toute activité politique doit servir et promouvoir le bien de la personne humaine et être fondée sur le respect de sa dignité. (…). Si la politique doit vraiment être au service de la personne humaine, il en découle qu’elle ne peut être asservie à l’économie et aux finances.  (…) Je ne sous-estime pas la difficulté que cela implique, mais je vous encourage dans cet effort. »

Le pape a-t-il sciemment sauté ce passage pour ne pas froisser son public ? Interpellé par les journalistes sur place, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a démenti : selon lui, le pape aurait simplement eu “un moment de distraction” et aurait bien souhaité que ce passage du texte soit publié, le jugeant “important”. Un “acte manqué”, alors  ? Nul ne saura…!

Yom Kippour, Aid al-Adha et le pape François

Ce mercredi 23 septembre, les juifs célèbrent une fête très importante dans leur communauté : Yom Kippour, le jour du Grand pardon. Cette fête, considérée comme la plus sainte de l’année juive, arrive au terme d’une période d’une dizaine de jours après Roch Hachana (nouvel an juif), pendant laquelle il s’agit d’être irréprochable : jeûne, prière, etc. Cette année, le même jour, les musulmans célèbrent également une fête importante pour eux : l’Aïd al-Adha, en commémoration du sacrifice d’Abraham et pour marquer la fin de la période des pèlerinages (hajj).

Cette année, ces deux fêtes surviennent dans un contexte de forte tension à Jérusalem Est et dans la vieille ville. Pendant une semaine, des affrontements ont eu lieu entre la police israélienne et des manifestants Palestiniens.

Des émeutes ont souvent lieu chaque année à l’approche de ces fêtes. La différence de “ton“ des célébrations accroît parfois les tensions : les juifs appellent plus au silence et à l’arrêt de toute activité dans la sphère publique, lorsque les musulmans au contraire sont dans un esprit plus festif, avec des barbecues par exemple. En 2008, ce qui avait commencé comme une dispute de voisinage s’est transformé en trois jours de violence à Saint Jean d’Acre, lors de Yom Kippour. L’année 2014 fut particulièrement explosive : Yom Kippour coïncidait avec l’Aïd al-Adha, et en outre, l’après-guerre à Gaza.

Pour appeler à l’apaisement, The Abraham fund, un organisme qui promeut la coexistence entre Israéliens et Palestiniens, a créé une vidéo en hébreu et en arabe pour expliquer ces deux fêtes aux enfants.

Comme le relève USA Today (cité par Courrier international), aux Etats-Unis, ces deux fêtes coïncident aussi avec la visite du pape François, qui souligne deux conséquences : « pour le personnel juif de la Maison-Blanche, il faudra choisir entre faire Kippour et être présent lorsque le pape rendra visite à Barack Obama ». Les musulmans, quant à eux, « devront choisir entre célébrer l’Aïd al-Adha et suivre le discours du pape au Congrès, qui a été décalé d’un jour pour ne pas coïncider avec Yom Kippour ».

A Washington, demain 24 septembre, François sera ainsi le premier pape de l’histoire à s’adresser devant le congrès américain, à majorité républicaine. Son discours est très attendu… et redouté par les républicains peu en phase avec les positions du pape argentin : dénonciation des armes nucléaires, et plus généralement du trafic d’armes, critiques des dérives du capitalisme, défense des migrants, appel à l’engagement contre le changement climatique… Affaire à suivre !

Illustration : dessinateur Michel Kichka 
Sources : Courrier International ;  JPost ; i24news.tv ; L’Espresso; CNN.com

Le pape François pourra-t-il faire tomber le mur de l’argent ?

Le pape François peut-il faire tomber le mur de l’argent ? C’est la question que se pose  Edouard Tétreau, analyste financier, dans son essai Au-delà du mur de l’argent, paru le 9 septembre aux éditions Stock.

La date de parution a été soigneusement choisie : son livre s’ouvre sur la préparation du voyage du pape à New-York fin septembre, à laquelle il a participé. Le pape s’envole en effet ce samedi pour Cuba, puis les Etats-Unis. Deux discours y sont très attendus : devant le Congrès américain, à Washington, puis au siège des Nations unies à New-York. On sait que son discours particulièrement virulent à l’égard du système capitaliste, que ce soit dans son encyclique Laudato Si‘, ou devant des mouvements populaires en Amérique latine, cet été, avait provoqué des remous au sein de milieux conservateurs américains.

mur argentLoin de réduire le pape à un « anticapitaliste primaire » – discours qu’il laisse à Donald Trump et le Tea Party américain[1] – Edouard Tétreau est persuadé que la radicalité de ce pape latino-américain peut changer la donne.

L’auteur fait cette comparaison : Jean-Paul II, il y a près de 30 ans, a « fait tomber le mur de Berlin » (ses voyages successifs en Pologne, le témoignage de son vécu sous le système soviétique, son soutien à Solidarnosc, ont été décisifs dans la chute du pouvoir communiste en Pologne en 1989, première étape de la débâcle  du bloc de l’Est). A présent, le pape François pourrait être capable de faire « tomber le mur de l’argent »,  ou du moins, d’« ouvrir des brèches ».

Aujourd’hui, souligne l’auteur, cette « économie folle » que dénonce le pape François a 100 fois moins besoin d’êtres humains que l’économie traditionnelle pour fonctionner. Un calcul que l’analyste financier propose dans son livre, exemples à l’appui : les start-up du web comme Airbnb, Uber ou Alibaba, ou encore les 2/3 des transactions financières réalisées désormais par des robots. « A l’avenir, que fera-t-on des personnes pas assez compétitives, des jeunes, des vieux ? » se demande-t-il.  L’auteur prédit alors une crise financière et technologique sans précédents. Elle sera l’occasion, estime-t-il, de « réécrire des règles et pratiques de l’économie mondiale qui remettront l’être humain au centre », sinon, « personne n’y survivra ».

Expert financier et catholique engagé

Edouard Tétreau est présenté comme « un homme de conviction et de foi » sur le site des éditions Stock et s’assume devant la presse comme « catholique engagé ». Il est donc familier de la doctrine sociale de l’Eglise, qui guide les discours du pape contre les dérives du capitalisme, et plutôt bienveillant à son égard. Mais c’est aussi avec sa légitimité d’expert financier qu’il s’exprime : économiste et chroniqueur aux Echos, il a enseigné la gestion des risques financiers, anticipé la crise de 2008, et conseille encore des dirigeants politiques et économiques (voir l’émission Grand angle de TV 5 Monde).

Pour lui, le pape peut avoir un réel poids sur les grands décideurs mondiaux : « il conseille des politiques, des dirigeants d’entreprises »,  et est le « seul leader mondial audible au-delà les frontières et les religions »« C’est pour ça qu’il est tellement attendu à l’ONU et au Congrès américain », croit-il savoir. Autre argument avancé par Edouard Tétreau : sur la question de l’homme et de  l’argent, les religions convergent. Il cite ainsi l’interdiction de la spéculation dans l’islam, la tradition de la remise des dettes dans le judaïsme, etc. Son ambition : organiser une sorte de Bretton Woods des religions, pour promouvoir une finance éthique.

Pour en savoir plus sur ce livre et l’auteur :

[1] Voir son interview dans Le Nouvel observateur paru le 3 septembre 2015

Le pape François allège la procédure de “nullité de mariage” : un “divorce” catholique ?

Le pape François est décidément en pleine forme pour cette rentrée. Après sa demande aux paroisses européennes d’accueillir chacune une famille de réfugiés, place aux divorcés remariés ! Un sujet épineux et très attendu au synode des évêques sur la famille, d’octobre prochain au Vatican.

Sauf que le pape n’a pas attendu le synode d’octobre 2015 pour avancer sur le sujet. Hop, d’un coup de deux motu proprio (lettres apostoliques, forme de « décrets» du pape), il a décidé de mettre en place une réforme longtemps attendue : celle des procédures de nullité de mariage. En réalité, le pape avait déjà lancé une commission en août 2014 chargée de plancher sur cette réforme… Soit un mois avant le premier synode des évêques sur la famille, ouvert en octobre 2014.

C’est que ce sujet revient sur la table depuis longtemps, et le pape ne souhaitait pas attendre. Petite explication : pour l’Église, le mariage catholique est « indissoluble ».  Cette notion trouve notamment sa source dans l’Évangile de Matthieu (19, 3-12) : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! ». Ainsi, un remariage civil après un divorce civil est considéré comme une forme d’infidélité. Il est alors défendu aux divorcés remariés civilement d’accéder aux sacrements (réconciliation, communion par exemple). Il est aussi  impossible de se remarier à l’Eglise, sauf après la mort de son premier conjoint.

Reconnaitre la nullité d’un mariage n’est pas un divorce religieux

Seule solution envisageable  : engager une procédure de reconnaissance de « nullité » de mariage. Attention, il ne s’agit  pas d’« annuler » un mariage comme on le lit souvent. Il n’y a pas de « divorce » religieux pour les catholiques. L’idée, c’est de prouver la «nullité » du lien contracté le jour du mariage. En gros, montrer qu’il y a eu un “vice de forme” ce jour là, et que le mariage n’est pas valide… comme s’il n’avait jamais eu lieu. Le constat d’échec post-mariage ne suffit pas à prouver la nullité : les critères retenus seront le manque de discernement ou de liberté au moment de se marier, la permanence d’une relation extra-conjugale au moment du mariage ou juste après, le fait que l’un des conjoints ait caché son infertilité à l’autre ou une maladie grave, etc.

Problème : ces procédures étaient beaucoup trop longues, et coûteuses. A la fin du synode sur la famille d’octobre 2014, la grande majorité des évêques avaient insisté pour simplifier et accélérer les procédures. François a donc décidé d’accélérer… sa réforme.

Désormais, il n’y aura donc qu’un seul jugement au lieu de deux obligatoires auparavant, et des procès spéciaux “plus rapides” seront possibles dans les cas où la nullité semble particulièrement facile à prouver. Ces procédures seront directement jugées par l’évêque,  sur une période de 30 jours. Enfin, le pape a demandé aux conférences épiscopales de rendre gratuites les procédures.

Un vrai changement pour les catholiques des pays en développement

Cette réforme va d’autant plus changer la vie des catholiques des pays en développement. La journaliste argentine Ines San Martin, sur Crux, portail d’information catholique du Boston Globe, explique que dans la ville natale du pape, Buenos Aires, il n’y a qu’un tribunal ecclésiastique pour 15 diocèses différents, tous situés à des centaines de kilomètres. Désormais, chaque évêque pourra constituer son propre tribunal dans son diocèse.

Cette réforme du pape François fait déjà grincer des dents dans les milieux catholiques les plus conservateurs. Pourtant, François l’explique lui-même dans l’introduction de ses décrets : il ne s’agit pas de faciliter les « déclarations en nullité » mais d’ « accélérer les procédures ». Elles seront ainsi moins pesantes psychologiquement, et plus accessibles géographiquement et financièrement. Ce n’est  pas parce que le système sera plus simple et plus rapide qu’il y aura plus de déclarations en nullité de mariage. En Italie, par exemple, environ deux tiers des requêtes de déclaration en nullité de mariage sont rejetées.

En résumé : une petite révolution pour les catholiques divorcés civilement attendant de pouvoir se remarier religieusement.. mais pas de révolution aux yeux du monde sécularisé, pour lequel la possibilité de pouvoir divorcer semble évidente. Pourtant, en France, le divorce par consentement mutuel date seulement de 1975, preuve que même la rupture d’un mariage civil a longtemps fait débat.

Vérifier la foi des époux au  moment de leur mariage religieux ?

Mais le vrai changement amorcé par cette réforme est ailleurs. En effet, le motu proprio  de François prévoit qu’un autre critère pourra désormais être étudié dans le cas des « procédures rapides » : la foi des époux au moment de se marier. Ce critère  sera sûrement débattu au prochain synode sur la famille.

Au moment de se marier à l’Eglise, aujourd’hui, de nombreuses personnes n’ont pas conscience  du principe d’indissolubilité du mariage catholique. La solution de plus en plus envisagée par les prêtres aujourd’hui est de mieux prendre en compte la réelle foi des couples qui demandent à se marier à l’Eglise. Comprennent-ils le principe d’indissolubilité ? En outre, comprennent-ils que le mariage catholique n’est pas seulement un contrat, mais un sacrement ?  Le choix de se marier à l’église est-il simplement une affaire de tradition familiale ou sociale  ?

Cette idée de considérer le « manque de foi » des époux au moment de leur mariage religieux pour valider la « nullité »  avait déjà été avancée par Benoît XVI. Reste qu’elle est très polémique. Comment prouver ce manque de foi ? Débats à suivre en octobre prochain…

Photo d’Aylan : le pape encourage chaque paroisse d’Europe à accueillir des migrants. Opportunisme ?

Décidément, la publication de la photo d’Aylan, un enfant syrien de 3 ans mort noyé dans une embarcation de migrants, et dont le corps a été retrouvé sur une plage turque, a créé une véritable onde de choc. Depuis, tout le monde y va de son commentaire ou de sa réaction : politiques, associations… et le pape.

Dimanche, à l’Angélus, François a fait un appel particulièrement fort pour que « chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille, à commencer par mon diocèse de Rome ». Pour avoir une idée, on compte en France, en Italie et en Allemagne plus de 50 000 paroisses, ce qui fait déjà du monde à accueillir. En lançant cet appel au moment où la photo d’Aylan fait le tour du monde, peut-on taxer le pape d’opportunisme ?

En réalité, le pape n’a pas attendu ce moment pour s’intéresser au sort des migrants. Son tout premier déplacement en dehors de Rome, trois mois à peine après son élection, fut sur l’ile de Lampedusa, à la grande surprise de tous. Son déplacement et son discours là-bas, invitant à sortir de la « globalisation de l’indifférence », avaient encouragé les habitants de l’île et permis d’attirer l’attention des politiques italiens sur la question de l’immigration… pour un temps. Le pape a aussi évoqué le sort des migrants lors de son discours au Parlement européen, à Strasbourg, en novembre 2014. Oui, mais le pape se contente de discours, pourra-t-on argumenter. Pas seulement.

Récemment, la pharmacie du Vatican a par exemple mis à disposition de nombreux médicaments gratuits, qui sont ensuite distribués, à travers l’aumônerie du pape, à plusieurs centres d’accueil de migrants à Rome. Le 1er octobre 2014, François avait aussi reçu une trentaine de survivants érythréens à un naufrage au large de Lampedusa. En septembre 2013, le pape avait déjà fait un appel aux congrégations religieuses, pour que leurs « couvents vides ne soient pas transformés en hôtels pour gagner de l’argent », mais accueillent au contraire des « réfugiés ». Enfin cette fois, le pape montre aussi l’exemple puisque les deux paroisses du Vatican, Saint-Pierre et Sainte-Anne, accueilleront elle aussi prochainement deux familles de réfugiés.

Enfin, l’Eglise, ce n’est pas seulement le pape et le Vatican : de nombreuses paroisses, associations, communautés religieuses sont déjà sur le pied de guerre et accueillent des migrants (en Italie, les communauté de Sant’Egidio ou Caritas, en France, le Secours catholique ou le Service jésuite des réfugiés, par exemple).

Ce que l’on pourrait regretter cependant dans cet appel du pape, c’est que l’Europe n’est pas la seule responsable du sort des migrants. D’autres puissances mondiales, ayant parfois joué un rôle dans les guerres que les migrants fuient aujourd’hui, pourraient elles aussi fournir leur aide, que ce soit un véritable accueil dans leur pays ou une aide financière. Le 5 septembre, une tribune du New York Time expliquait ainsi :

« La guerre civile syrienne a créé plus de 4 millions de réfugiés. Les Etats-Unis en ont accueilli environ 1500. (…) n’avons-nous pas une part de responsabilité envers les réfugiés qui fuient les combats ? Si nous avons armé les rebelles syriens, ne devrions-nous pas aussi aider ces gens ? Si nous avons échoué à apporter la paix en Syrie, ne pouvons nous pas aider les gens qui ne peuvent attendre pour la paix plus longtemps ?(…) ».

La tribune remarque que d’autres pays se taisent ou prétendent que la catastrophe des réfugiés n’est qu’un problème européen : le Canada n’a accueilli que 1074 syriens en août, l’Australie 2200.

« Le pire sont les états du pétrole. Selon les derniers décomptes d’Amnesty International, combien de réfugiés syriens ont été accueilli par les Etats du Golfe et l’Arabie saoudite ? Zéro. »