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Congrès américain : le pape a-t-il sauté volontairement un passage de son discours sur la finance ?

Les observateurs sont unanimes : le discours du pape François devant le Congrès américain, hier, était historique. Ne serait-ce parce que c’était la première fois qu’un pape s’adressait aux deux chambres du Congrès américain réunies. Les thèmes choisis devant un congrès pourtant conservateur étaient audacieux : les migrants, l’abolition totale de la peine de mort, le commerce des armes… Un thème, pourtant, a semblé quasiment absent du discours : la finance.

C’est pourtant sur ce thème que le pape était très attendu, lui qui, dans son Encyclique Laudato si’ et devant les mouvements populaires en Bolivie, cet été, avait dénoncé les dérives du système capitaliste – sans jamais le nommer- avec des termes très vigoureux : des “nouvelles formes de colonialisme” fondées sur le “dieu argent”, une “économie qui tue”, qui “exclut”, etc.

Un discours qui avait suscité l’ire des milieux néo conservateurs américains, le qualifiant de “dangereux“ marxiste. Il se trouve que le discours prévu (distribué auparavant aux journalistes) contenait bien un passage sur la finance, que le pape François a sauté lors de son allocution. Il y assurait notamment, s’appuyant sur la Déclaration d’indépendance américaine de juillet 1776 :

« Toute activité politique doit servir et promouvoir le bien de la personne humaine et être fondée sur le respect de sa dignité. (…). Si la politique doit vraiment être au service de la personne humaine, il en découle qu’elle ne peut être asservie à l’économie et aux finances.  (…) Je ne sous-estime pas la difficulté que cela implique, mais je vous encourage dans cet effort. »

Le pape a-t-il sciemment sauté ce passage pour ne pas froisser son public ? Interpellé par les journalistes sur place, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a démenti : selon lui, le pape aurait simplement eu “un moment de distraction” et aurait bien souhaité que ce passage du texte soit publié, le jugeant “important”. Un “acte manqué”, alors  ? Nul ne saura…!

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Yom Kippour, Aid al-Adha et le pape François

Ce mercredi 23 septembre, les juifs célèbrent une fête très importante dans leur communauté : Yom Kippour, le jour du Grand pardon. Cette fête, considérée comme la plus sainte de l’année juive, arrive au terme d’une période d’une dizaine de jours après Roch Hachana (nouvel an juif), pendant laquelle il s’agit d’être irréprochable : jeûne, prière, etc. Cette année, le même jour, les musulmans célèbrent également une fête importante pour eux : l’Aïd al-Adha, en commémoration du sacrifice d’Abraham et pour marquer la fin de la période des pèlerinages (hajj).

Cette année, ces deux fêtes surviennent dans un contexte de forte tension à Jérusalem Est et dans la vieille ville. Pendant une semaine, des affrontements ont eu lieu entre la police israélienne et des manifestants Palestiniens.

Des émeutes ont souvent lieu chaque année à l’approche de ces fêtes. La différence de “ton“ des célébrations accroît parfois les tensions : les juifs appellent plus au silence et à l’arrêt de toute activité dans la sphère publique, lorsque les musulmans au contraire sont dans un esprit plus festif, avec des barbecues par exemple. En 2008, ce qui avait commencé comme une dispute de voisinage s’est transformé en trois jours de violence à Saint Jean d’Acre, lors de Yom Kippour. L’année 2014 fut particulièrement explosive : Yom Kippour coïncidait avec l’Aïd al-Adha, et en outre, l’après-guerre à Gaza.

Pour appeler à l’apaisement, The Abraham fund, un organisme qui promeut la coexistence entre Israéliens et Palestiniens, a créé une vidéo en hébreu et en arabe pour expliquer ces deux fêtes aux enfants.

Comme le relève USA Today (cité par Courrier international), aux Etats-Unis, ces deux fêtes coïncident aussi avec la visite du pape François, qui souligne deux conséquences : « pour le personnel juif de la Maison-Blanche, il faudra choisir entre faire Kippour et être présent lorsque le pape rendra visite à Barack Obama ». Les musulmans, quant à eux, « devront choisir entre célébrer l’Aïd al-Adha et suivre le discours du pape au Congrès, qui a été décalé d’un jour pour ne pas coïncider avec Yom Kippour ».

A Washington, demain 24 septembre, François sera ainsi le premier pape de l’histoire à s’adresser devant le congrès américain, à majorité républicaine. Son discours est très attendu… et redouté par les républicains peu en phase avec les positions du pape argentin : dénonciation des armes nucléaires, et plus généralement du trafic d’armes, critiques des dérives du capitalisme, défense des migrants, appel à l’engagement contre le changement climatique… Affaire à suivre !

Illustration : dessinateur Michel Kichka 
Sources : Courrier International ;  JPost ; i24news.tv ; L’Espresso; CNN.com

Le pape François pourra-t-il faire tomber le mur de l’argent ?

Le pape François peut-il faire tomber le mur de l’argent ? C’est la question que se pose  Edouard Tétreau, analyste financier, dans son essai Au-delà du mur de l’argent, paru le 9 septembre aux éditions Stock.

La date de parution a été soigneusement choisie : son livre s’ouvre sur la préparation du voyage du pape à New-York fin septembre, à laquelle il a participé. Le pape s’envole en effet ce samedi pour Cuba, puis les Etats-Unis. Deux discours y sont très attendus : devant le Congrès américain, à Washington, puis au siège des Nations unies à New-York. On sait que son discours particulièrement virulent à l’égard du système capitaliste, que ce soit dans son encyclique Laudato Si‘, ou devant des mouvements populaires en Amérique latine, cet été, avait provoqué des remous au sein de milieux conservateurs américains.

mur argentLoin de réduire le pape à un « anticapitaliste primaire » – discours qu’il laisse à Donald Trump et le Tea Party américain[1] – Edouard Tétreau est persuadé que la radicalité de ce pape latino-américain peut changer la donne.

L’auteur fait cette comparaison : Jean-Paul II, il y a près de 30 ans, a « fait tomber le mur de Berlin » (ses voyages successifs en Pologne, le témoignage de son vécu sous le système soviétique, son soutien à Solidarnosc, ont été décisifs dans la chute du pouvoir communiste en Pologne en 1989, première étape de la débâcle  du bloc de l’Est). A présent, le pape François pourrait être capable de faire « tomber le mur de l’argent »,  ou du moins, d’« ouvrir des brèches ».

Aujourd’hui, souligne l’auteur, cette « économie folle » que dénonce le pape François a 100 fois moins besoin d’êtres humains que l’économie traditionnelle pour fonctionner. Un calcul que l’analyste financier propose dans son livre, exemples à l’appui : les start-up du web comme Airbnb, Uber ou Alibaba, ou encore les 2/3 des transactions financières réalisées désormais par des robots. « A l’avenir, que fera-t-on des personnes pas assez compétitives, des jeunes, des vieux ? » se demande-t-il.  L’auteur prédit alors une crise financière et technologique sans précédents. Elle sera l’occasion, estime-t-il, de « réécrire des règles et pratiques de l’économie mondiale qui remettront l’être humain au centre », sinon, « personne n’y survivra ».

Expert financier et catholique engagé

Edouard Tétreau est présenté comme « un homme de conviction et de foi » sur le site des éditions Stock et s’assume devant la presse comme « catholique engagé ». Il est donc familier de la doctrine sociale de l’Eglise, qui guide les discours du pape contre les dérives du capitalisme, et plutôt bienveillant à son égard. Mais c’est aussi avec sa légitimité d’expert financier qu’il s’exprime : économiste et chroniqueur aux Echos, il a enseigné la gestion des risques financiers, anticipé la crise de 2008, et conseille encore des dirigeants politiques et économiques (voir l’émission Grand angle de TV 5 Monde).

Pour lui, le pape peut avoir un réel poids sur les grands décideurs mondiaux : « il conseille des politiques, des dirigeants d’entreprises »,  et est le « seul leader mondial audible au-delà les frontières et les religions »« C’est pour ça qu’il est tellement attendu à l’ONU et au Congrès américain », croit-il savoir. Autre argument avancé par Edouard Tétreau : sur la question de l’homme et de  l’argent, les religions convergent. Il cite ainsi l’interdiction de la spéculation dans l’islam, la tradition de la remise des dettes dans le judaïsme, etc. Son ambition : organiser une sorte de Bretton Woods des religions, pour promouvoir une finance éthique.

Pour en savoir plus sur ce livre et l’auteur :

[1] Voir son interview dans Le Nouvel observateur paru le 3 septembre 2015