Category Archives: Voyage de mai 2015

Portrait : Seydou, Lampedusa comme terre d’adoption

En mai 2015, je suis allée à la rencontre de la famille Maggiore, à Lampedusa, qui a accueilli Seydou, jeune migrant Sénégalais rescapé d’un énième naufrage au large de l’île sicilienne. J’ai pu réaliser son portrait pour le magazine La Vie. Voici quelques extraits. Pour lire l’intégralité de l’article, c’est par là (lien payant).

“Toi, tu es le lait ! Et moi, le charbon !“ Seydou regarde “mammà Piera“ et esquisse un sourire timide. Piera éclate de rire et passe ses bras autour de son cou. “ C’est notre jeu à nous“, explique-t-elle. Un sorte de rituel entre mère et fils, lien récent qui unit à Lampedusa deux êtres de couleur de peau différente. Depuis un an et demi, Seydou vit chez Piera et Lillo Maggiore. Habitués à offrir gîte et couvert aux migrants rescapés des naufrages survenus au large des côtes, ce couple d’insulaires n’a pas hésité une seconde quand l’association Amici dei Bambini leur a proposé de prendre sous tutelle cet adolescent de 17 ans. Aujourd’hui, Seydou parle parfaitement italien, suit des cours à l’école d’hôtellerie, sert les pâtes al dente et joue dans le club de foot du centre-ville. Le Sénégal, son pays d’origine, n’est pourtant jamais loin : chaque semaine, “mammà Sira“ répond au bout du fil, depuis le village de Comodi, près de Tambacounda. Le matin, il se lève avec le soleil, à 5h15 précises, et fait sa prière. Le soir, quand le disque orange disparaît derrière la ligne d’horizon de la méditerranée, Seydou répète les mêmes gestes : il se passe de l’eau sur le visage, les bras et les jambes, se glisse dans sa chambre et s’adresse à Allah.

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Ces gestes quotidiens et ces voix familières au téléphone lui parviennent comme les ersatz de sa vie passée. A Comodi, Seydou n’allait pas à l’école, trop occupé auprès du bétail. “Un jour, dans l’intérieur des terres de l’île, nous avons rencontré des chèvres, se souvient Lillo. Il s’est mis à les appeler en pular, son dialecte. Les bêtes se sont rassemblées et ont avancé.“ Dans un pays où l’espérance de vie atteint à peine 56 ans, et où près de 80% de la population rurale est pauvre , les adolescents se retrouvent vite à tenir le rôle de “chef de famille“. Un travail rude, qui ne suffit pas à nourrir toute la fratrie : son père, ses trois épouses, et leurs nombreux enfants. La faim conduit ses parents à l’envoyer à la quête de l’eldorado européen. Seydou a 16 ans quand il entame un périple de près de trois mois. “Mali… Burkina Faso… Niger… Libye“, le jeune homme énumère d’une voix lasse les états parcourus, à pied, en autocar ou en jeep, en grande partie sous l’écrasante chaleur du Sahara. Une fois les côtes libyennes atteintes, il embarque sur un canot pneumatique. Une centaine de personnes est à bord. (…)

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