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La mafia racontée en bande dessinée

Au cœur de Rome, le Museo di Roma in Trastevere consacre une exposition, jusqu’au 8 novembre, à la mafia racontée en Bande dessinée. Le parcours propose plusieurs planches de BD, en noir et blanc et en couleurs, de divers scénaristes et dessinateurs d’hier et d’aujourd’hui.

Certains évoquent les guerres de clan de la ‘Ndrangheta, mafia calabraise, d’autres, les règlements de compte sanglants de la Camorra, mafia napolitaine, d’autres encore s’intéressent aux collusions avec les hommes politiques… et même des hauts prélats du Vatican ! Si elle manque peut-être d’explications de fond sur l’histoire et le contexte socio-culturel de ces différentes familles de crime organisé, l’exposition vaut le détour, ne serait-ce que pour la qualité des coups de crayon  et l’humour grinçant.

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Paolo Borsellino, l’agenda Rossa de Giacomo Bendotti (ed. Becco Giallo)

Sur ces planches (voir ci-dessous), on reconnaît facilement le Vésuve et les fameuses « velle », immeubles en forme de voile du quartier périphérique de Scampia, à Naples, où la Camorra utilise sa « petite main » pour organiser son trafic de drogue.

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Nero Napoletano, dessins de Giuseppe Liotti, Ed. Scuola Italiana di Comix

Sur cette planche, les traits du visage du policier, particulièrement travaillés, sont  typiquement napolitains : nez aquilin, yeux et sourcils très bruns. Ici, plus de simple trafic de drogue mais des exécutions… sans pitié !

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Ici, un policier servant le café devant la cellule d’un boss, bien au chaud dans ses pantoufles…

Don Raffaè. Illustrations de Bruno Brindisi
Don Raffaè. Illustrations de Bruno Brindisi

La mafia n’existe pas seulement dans les régions du sud de l’Italie. Récemment, carabiniers et juges ont mis au grand jour l’existence d’un immense réseau propre à Rome, qui infiltrait et corrompait l’administration locale. Plus d’une centaine de personnes, dont des nombreux entrepreneurs et des personnalités politiques (dont l’ancien maire Gianni Alemanno) ont été poursuivies. La BD n’a donc pas épargné – avec humour – ce que l’on surnomme depuis “Mafia capitale“.

“Mafia capitale ?“ “On aura réussi à dépasser le complexe du provincial dans un domaine au moins !“
“Mafia capitale ?“
“On aura réussi à dépasser le complexe du provincial dans un domaine au moins !“

Ici aussi, Mafia capitale est évoqué explicitement dans une BD en… romain. Le scénariste n’est pas tendre avec Roberto Saviano, auteur du best seller Gomorra, puis de la série TV du même nom (qui suscite des critiques chez certains napolitains lassés qu’on présente Naples, et notamment le quartier de Scampia, comme le seul fief de la criminalité organisée).

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Ici, une fausse affiche ironique sur le “Pizzo Day“ (sous-titre : le racket ouvre ses portes). Le Pizzo est en effet une forme de racket utilisée par Cosa Nostra en Sicile, la ‘Ndrangheta en Calabre ou la Camorra en Campanie. En échange d’une sorte d’impôt officieux que doivent verser les commerçants locaux, la mafia assure une «  protection ».

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Pour terminer, avant de vous spoiler l’exposition toute entière, voici un dessin que j’ai beaucoup apprécié de Giorgio Franzaroli.

“J'ai fait un café qui fait ressusciter les morts“. Giorgio Franzaroli
“J’ai fait un café qui fait ressusciter les morts“. Giorgio Franzaroli

=> Mc Mafia, mafia, carmorra e ‘ndrangheta nella storia del fumetto, jusqu’au 8 novembre, Museo di Roma in Trastevere.

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Dring ! C’est le calendrier des prêtres !

« Ah, tu viens de rater de peu le prêtre qui est venu bénir l’appartement », me lance un ami – on l’appellera Toto pour préserver son anonymat – en m’ouvrant la porte . Venant de lui, je pense d’abord à une blague et éclate de rire. « Ah mais je suis très sérieux ».

Il se trouve que Toto ne blaguait pas. Pendant la période du Carême dans toute l’Italie, en attendant Pâques, la tradition veut que les prêtres de la paroisse de votre quartier viennent sonner à votre porte pour vous proposer de bénir votre maison, et votre famille.

Histoire de m’ôter tout doute, quelques jours plus tard, DRING ! – Non pas chez moi, mais au bureau – dans un immeuble résidentiel – un prêtre s’est présenté, aube, sandales et cordon noué à la ceinture, devant mon chef, pour « bénir notre famille ». Ambiance #ackward garantie. Comme mon chef est sympa, il l’a laissé faire et a appelé ses « enfants » (à savoir ma collègue et moi) dans l’entrée pour procéder à la chose.

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“Alors ben là heu, c’est mon bureau” (Image illustrative)

Nous voilà donc, le patron, ma collègue et moi dans le couloir du bureau, devant le prêtre qui commence à invoquer une prière à laquelle nous devons répondre « Seigneur, bénis notre famille », en italien, à trois ou quatre reprises. Après quoi, le prêtre nous asperge d’eau bénite, avant de nous inviter à réciter un Notre Père en italien.  A la fin, nous avons droit à une jolie image du pape François…. et de donner un peu d’argent pour la paroisse du coin.

AR2822 Vous l’aurez compris, c’est un peu comme le calendrier des pompiers, version prêtres. Excepté qu’il ne s’agit pas  de ce fameux calendrier des  prêtres les plus sexy du Vatican.

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Un kit pour bénir sa famille

Sachez que si le prêtre n’est pas passé, vous pouvez vous même vous fournir en « kit bénédiction maison ». C’est ce que la paroisse de Saluzzo, près de Gênes, avait proposé à ses fidèles en 2007, à l’aide d’ un kit composé d’une image de la Sainte Famille, d’une prière et d’une bouteille en plastique remplie d’eau bénite.

D’où vient ce rite ? D’habitude, la bénédiction a lieu pendant la semaine de Pâques, mais elle commence dans les grandes villes comme Rome dès le Carême, quelques semaines avant Pâques.

Pâque juive

La tradition pourrait trouver son origine, explique le site de la Fraternité San Filippo Neri,  dans ce passage concernant la Pâques juive du livre de l’Exode (Ancien Testament) : comme l’a demandé Dieu à Moïse, avec le sang de l’agneau immolé pour la Pâque, les Juifs tracent un signe sur le linteau et les deux montants de la porte de leur maison. Ainsi, Dieu reconnaît et épargne toutes les maisons juives, empêchant ainsi « l’ange exterminateur » de tuer les premiers-nés, contrairement à ceux du peuple égyptien, qui maintenait le peuple juif en esclavage.

Aujourd’hui, dans la tradition chrétienne, il s’agit désormais d’être libéré de « l’esclavage du péché, poursuit le site de la Fraternité, grâce au sacrifice du vrai agneau, Jésus Christ ». L’eau bénite, elle, fait référence à l’eau reçue au jour du baptême de tout chrétien.

Le crucifix au dessus du bureau du Carabiniere

Une tradition qui se perpétue au 21e siècle, dans un pays qui n’est pas laïc, mais sous régime concordataire. Après avoir constaté la contradiction entre les Accords du Latran (1929) et la Constitution italienne (1948), l’Italie et l’Eglise signent un nouveau concordat en 1984. Selon ce concordat, l’Eglise catholique n’est plus une religion d’Etat, mais « les principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italien ». En outre, les religions, et en particulier la religion catholique, continuent d’être enseignées dans les écoles. Ce concordat et cet héritage culturel expliquent que l’on aperçoive des crucifix ou des images du pape au-dessus du bureau d’un carabiniere (gendarme italien), à la mairie de Rome, dans les écoles… mais aussi dans les bars, les tabacs, les restaurants !

Parfois, cela crée de drôles de mélanges. La dernière fois que je suis allée faire mes courses au Carrefour du coin, par exemple, je suis tombée sur ces  bougies à côté du rayon croquettes pour chats !

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THE END

Balade dans les jardins du Vatican…

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir visiter un lieu de Rome longtemps fantasmé car peu accessible au public : les Jardins du Vatican. Merci le Centro San Lorenzo pour la visite groupée avec deux charmants Gardes suisses !

Je me permets de vous en faire profiter un peu…

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Arrivée sur le côté droit de la basilique Saint-Pierre, début de la visite dans les “coulisses” version plein air du Vatican…

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La fameuse “Maison Sainte-Marthe”, résidence d’accueil des visiteurs du Saint-Siège, et où logent tous les cardinaux réunis en conclave. Une fois élu pape, José Mario Bergoglio a finalement décidé de rester y vivre plutôt que  de prendre possession des appartements pontificaux dans le somptueux Palais apostolique.

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La coupole de la basilique Saint-Pierre vue de derrière, dans les jardins du Vatican ! Nous y sommes…

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Jardins du Vatican…
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Statue de la Vierge Marie ayant fait dévier la trajectoire de la balle qui visait mortellement Jean-Paul II lors de l’attentat du 13 mai 1981 (selon les mots du pape).

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Au loin, la tour Saint-Jean : l’ancien secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, y a vécu. En 2008, Benoit XVI y a reçu le président américain Georges W. Bush. Depuis juin 2014, la tour est le siège du nouveau dicastère créé par le pape François, la Secrétariat pour l’économie.

De plus près :

IMG_1805 IMG_1800IMG_1790Reproduction de la grotte de Lourdes dans les jardins du Vatican. Chaque jour en fin d’après-midi, Benoît XVI, qui vit depuis sa renonciation dans le monastère Mater Ecclesiae des jardins (je n’ai pas eu l’occasion de le voir mais je saurai me rattraper !) va prier devant cette statue de la vierge.

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Olivier vieux de 200 ans, ayant poussé à Nazareth, offert en cadeau à Benoit XVI par le Premier ministre israélien Benjamin Nethanyahu.

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De retour à la basilique (de derrière)…IMG_1811

Arrivée derrière la place Saint-Pierre. Fin de la visite !IMG_1815

 

THE END

 

Befana vs Galette des Rois

Aujourd’hui, 6 janvier (2015), c’est la fête biblique de l’épiphanie. Et la tradition, en France, veut qu’on déguste une bonne galette des Rois – voire deux, trois, quatre, sur plusieurs jours, jusqu’à ce qu’on finisse par avoir enfin la fève, devenir roi et avoir une bonne indigestion). J’étais persuadée que cette bonne vieille galette qu’on attend tous chaque année existait aussi en Italie. Mais non.

En revenant de mes vacances de Noël, dans l’avion Paris-Rome, j’ai ainsi expliqué le concept – quand même génial – à un couple d’Italiens ébahis  : un super bon gâteau aux amandes avec un petit personnage caché dedans, qui permet à celui qui le trouve dans sa part de devenir roi et de choisir sa reine – et vice et versa. J’ai aussi rappelé  que c’est souvent le plus jeune (c’était moi dans ma famille et j’adorais ce moment quand j’étais petite) qui va se cacher sous la table pour choisir à qui revient chaque part, pour éviter toute triche. Et puis, enfin, que la fève (du moins à la base) était un personnage qu’on pouvait ajouter chaque année dans sa crèche de Noël.

Ils ont adoré l’idée, je pense que je les ai convertis ! Mais alors s’il n’y a pas de galette des Rois, il y a quoi ?

Les Rois sont morts, vive la Befana !

La Befa-quoi ? La Befana, c’est une sorcière plus ou moins sympa qui vient apporter, le 6 janvier – jour alors férié en Italie, les chanceux – du charbon s’ils n’ont pas été sages, des bonbons pour les gentils. Le tout apporté la nuit dans des chaussettes suspendues. En gros, c’est la version améliorée et italianisée du père Fouettard et du bon Saint-Nicolas.

On le devinera, en général les enfants -même les plus capricieux, dans ce pays où les enfants sont CHOU-CHOU-TES  – découvrent plutôt des bonbons que du charbon. Ceci m’a permis de m’éclairer un peu plus sur la présence d’une sorcière dans la cuisine de mon nouvel appart’. Ouf, ma coloc’ n’est pas fana de Harry Potter.

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Dans les commerces de Rome, on croise partout ces petites sorcières … et aussi quelques chaussettes qu’elles ont donc visiblement piqué au “Babbo Natale”, le père Noël en italien.

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… et la tradition n’a pas manqué d’inspirer aussi les publicitaires !

“Les Kinder Bueno restent ici. Et n’essayez-même pas.”

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Bref,  c’est bien gentil tout ça mais les bonbons, je connais.  De voir toutes ces photos de galettes des Rois chez mes amis sur Facebook ça m’a fait enrager. Du coup ni une ni deux, j’ai décidé d’en faire une moi-même (une première!). Merci mamma pour la recette !

Bon, le problème ça a été de trouver l’équivalent d’une fève… Dans l’appart j’ai fouillé et trouvé ça… mais ça le faisait pas trop :

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Alors j’ai opté pour un petit coquillage !

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Le résultat :

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J’en ai fait profiter les collègues. Approuvé ! J’en file en refaire une autre… A presto !

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THE END

A la découverte de Garbatella

“Ce qui me plait le plus, c’est de voir les quartiers. Et le quartier de Rome qui me plait le plus, c’est la Garbatella“. Ainsi commence Caro Diario (Journal intime, 1993), film de Nanni Moretti, déclaration d’amour à Rome, et au quartier de Garbatella.

Mon premier we dans la ville éternelle fut justement dédié à la découverte de Garbatella, quartier qui évoquait pour moi, jusque-là, une vague station de métro sur la ligne B. Mais retrouvant un vieil ami Français installé à Rome depuis maintenant plusieurs années, celui-ci me conseille vivement d’aller m’y promener -lui-même a fini par y déménager-.

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Situé dans une zone un peu excentrée au Sud de Rome, Garbatella est construit dès 1900 après l’assassinat d’Umberto Ier (deuxième roi d’Italie) pour éviter que les classes populaires n’en profitent pour réclamer de meilleures conditions de vie. Les pouvoirs publics font donc construire des cités jardins pour eux, dans lesquelles chaque maison dispose d’un potager, pour subvenir à ses besoins.

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Plus tard, après la chute du fascisme, le quartier deviendra (et semble l’être toujours) le repère de militants communistes…

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Aujourd’hui, Garbatella est aussi le QG des supporters du club de l’AS Roma : en témoignent les nombreux graffitis et autres prouesses picturales effectuées sur les murs de l’ancienne cité ouvrière.

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Des joueurs de l'AS Roma sont représentés sur le mur
Des joueurs de l’AS Roma sont représentés sur le mur

Quant aux patios-jardins-potagers, ils font le bonheur de couples ou jeunes familles installés au calme à prix encore raisonnables, à 10 minutes en métro du centre de Rome…. et bientôt des nouveaux bobos Romains ?

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 THE END

 

Six ans après….

Rome. Enfin, ce retour tant fantasmé, dans la ville qui avait ravi mon coeur voilà six ans plus tôt. Depuis, pas moyen de m’en défaire. Rome, Rome, Rome, je n’avais que ce mot à la bouche. A tel point que je me suis débrouillée, depuis Paris, pour y retourner une fois par an, en tant que simple touriste ou lors de visite à des proches ayant eu l’opportunité d’y faire à leur tour une année d’étude… ou de venir y travailler quelques mois après y avoir étudié à mes côtés.

Revenir six ans après, et voir l’Italie changer

Revenir six ans après, et voir l’Italie changer, comme devant un film en mode “accéléré”. Se moderniser, d’abord. Les Italiens sont désormais tous équipés d’iPhone et autres tablettes tactiles, alors très peu présents en 2008 (l’iPhone n’est commercialisé largement qu’à partir de l’année 2009 en France et en Italie). Dans le métro, on capte très facilement la 3G. Métro d’ailleurs depuis agrandi (une véritable prouesse pour les Romains!) avec une nouvelle branche sur la ligne B.

Le pays n’est désormais plus gouverné par Silvio Berlusconi, mais le charismatique Matteo Renzi, du bord politique opposé…. non sans avoir été tourmenté par les différentes crises gouvernementales, politiques et économiques que l’on sait. Et le Vatican, lui aussi, a changé de chef d’Etat. Place à François, après la renonciation de Benoît !

Maintenant, j’habite de l’autre côté du Tibre, sur la rive du Vatican. J’utilise le métro “des riches”, la ligne A, mieux équipée en wagons récents et climatisés. Etudiante Erasmus, j’empruntais la ligne B, et ses wagons métalliques, recouverts de tags. Et pourtant, c’est dire comme ça me fait des gazouillis dans le ventre de remettre un pied dans mon bon vieux métro destroy de la ligne B, alors que je suis invitée à un aperitivo à Piazza Bologna… mon ancien “chez moi”.

Les Italiens se sont aussi mis – progressivement- à la “raccolta differenziata”, le tri des déchets. Sous mes yeux ébahis, j’ai vu en effet mon coloc’ italien me montrer ses six poubelles différentes (bon, lui, il y va peut être un peu trop fort). Moi qui me souviens avoir cru vouloir égorger un Italien, dans un bateau pour Capri, qui jetait à la mer son emballage de glace Magnum.

A présent, surtout, je suis dans la vie active, et non plus étudiante.  Tout m’est familier, et en même temps, tant de choses ont changé. Une nouvelle aventure qui commence pour moi, bien plus intense et prenante…. journaliste au coeur d’un micro-Etat, à la caisse de résonance internationale… le Vatican.