Category Archives: Judaïsme

Yom Kippour, Aid al-Adha et le pape François

Ce mercredi 23 septembre, les juifs célèbrent une fête très importante dans leur communauté : Yom Kippour, le jour du Grand pardon. Cette fête, considérée comme la plus sainte de l’année juive, arrive au terme d’une période d’une dizaine de jours après Roch Hachana (nouvel an juif), pendant laquelle il s’agit d’être irréprochable : jeûne, prière, etc. Cette année, le même jour, les musulmans célèbrent également une fête importante pour eux : l’Aïd al-Adha, en commémoration du sacrifice d’Abraham et pour marquer la fin de la période des pèlerinages (hajj).

Cette année, ces deux fêtes surviennent dans un contexte de forte tension à Jérusalem Est et dans la vieille ville. Pendant une semaine, des affrontements ont eu lieu entre la police israélienne et des manifestants Palestiniens.

Des émeutes ont souvent lieu chaque année à l’approche de ces fêtes. La différence de “ton“ des célébrations accroît parfois les tensions : les juifs appellent plus au silence et à l’arrêt de toute activité dans la sphère publique, lorsque les musulmans au contraire sont dans un esprit plus festif, avec des barbecues par exemple. En 2008, ce qui avait commencé comme une dispute de voisinage s’est transformé en trois jours de violence à Saint Jean d’Acre, lors de Yom Kippour. L’année 2014 fut particulièrement explosive : Yom Kippour coïncidait avec l’Aïd al-Adha, et en outre, l’après-guerre à Gaza.

Pour appeler à l’apaisement, The Abraham fund, un organisme qui promeut la coexistence entre Israéliens et Palestiniens, a créé une vidéo en hébreu et en arabe pour expliquer ces deux fêtes aux enfants.

Comme le relève USA Today (cité par Courrier international), aux Etats-Unis, ces deux fêtes coïncident aussi avec la visite du pape François, qui souligne deux conséquences : « pour le personnel juif de la Maison-Blanche, il faudra choisir entre faire Kippour et être présent lorsque le pape rendra visite à Barack Obama ». Les musulmans, quant à eux, « devront choisir entre célébrer l’Aïd al-Adha et suivre le discours du pape au Congrès, qui a été décalé d’un jour pour ne pas coïncider avec Yom Kippour ».

A Washington, demain 24 septembre, François sera ainsi le premier pape de l’histoire à s’adresser devant le congrès américain, à majorité républicaine. Son discours est très attendu… et redouté par les républicains peu en phase avec les positions du pape argentin : dénonciation des armes nucléaires, et plus généralement du trafic d’armes, critiques des dérives du capitalisme, défense des migrants, appel à l’engagement contre le changement climatique… Affaire à suivre !

Illustration : dessinateur Michel Kichka 
Sources : Courrier International ;  JPost ; i24news.tv ; L’Espresso; CNN.com

La censure se porte bien : National Geographic, Whatsapp, Salon de la femme musulmane

Au menu de cette semaine dans l’actualité religions, je vous propose la censure, très en vogue ces derniers temps !

  • La couverture de National Geographic consacrée au pape censurée  en Arabie saoudite : la société de distribution du magazine a tout simplement décidé de ne pas livrer le magazine pour des« raisons culturelles ». Si la simple image du chef de l’Eglise catholique peut choquer dans un pays où les églises sont interdites, explique Foreign Policy, c’est plus encore le contenu de l’article qui gêne : l’article de National Geographic s’intéresse aux réformes menées par le pape François depuis son élection. Le gouvernement saoudien craint que ce vent de réformes n’inspire certains dans la monarchie. L’édito de la rédactrice en chef de l’édition arabe du magazine avait de quoi faire frémir les autorités saoudiennes : elle y louait le pape pour avoir initié des changements et en profitait pour porter sa réflexion au delà du catholicisme, en souhaitant que les institutions religieuses s’adaptent au monde moderne. Outrage, pour les autorités religieuses wahhabites du pays.  Le wahhabisme s’oppose justement à l’idée d’une religion fluide qui puisse changer selon l’époque.
  • Des rabbins juifs ultra-orthodoxes s’attaquent à Whatsapp. Cet été, en Israël, une assemblée de rabbins ultra-orthodoxes s’est réunie pour parler du «  grand danger spirituel » de l’application de messageries Whatsapp. Le problème ? Les fidèles juifs de ces communautés ultra-orthodoxes utilisent Whatsapp pour s’envoyer des ragots ou des images et vidéos « contrevenant aux règles de modestie » , rapporte Slate.fr, citant un article de The Economist. Les membres du Conseil des sages de la Torah ont donc réagi en publiant des édits pour interdire formellement cette application. Des fournisseurs d’accès israéliens ont alors créé des smartphones « cashers », poursuit Slate.fr, avec des abonnements bloquant certains sites ou applications.
  • Une autre forme de censure cette fois : celles des femmes, tout simplement absentes du Salon de la femme musulmane polémique qui se tient actuellement à Pontoise, près de Paris.Ce week-end, le parc des Expositions de Pontoise accueille en effet la 3e édition du salon musulman du Val d’Oise. Cette année, la femme est à l’honneur… sauf qu’une grande majorité de prédicateurs intégristes sont invités à donner leur propre vision de la femme.  Parmi les conférenciers, on trouve Rachid Abou Houdeyfa, imam de la mosquée de Brest, qui exhorte les femmes musulmanes sur les réseaux sociaux à porter le voile « islamique » sous peine d’encourir « les feux de l’Enfer dans l’au-delà, et des.. agressions sexuelles en ce bas monde» : «Si la femme sort sans honneur, qu’elle ne s’étonne pas que les hommes abusent de cette femme-là » (sic). Figure aussi Nader Abou Anas, prédicateur au sein de l’association D’CLIC à Bobigny, qui sur la vidéo d’un précédent salon musulman, expliquait qu’une femme « qui se refuse à son mari sans raison valable » serait «maudite par les anges » toute la nuit. Une pétition en ligne a été lancée pour fermer le salon. Samedi soir, deux Femen se sont introduites au salon, seins nues. Sur Le Parisien, la société Isla Event qui organise l’événement ne comprend pas la polémique, et demande aux détracteurs de «venir, pour qu’ils voient vraiment ce que l’on fait».

MAJ : un enregistrement prouve que la version livrée par la porte-parole des Femen à l’AFP (évoquant un discours des imams sur le fait de battre sa femme) était fausse. Un journaliste présent au salon montre en outre que les discours des conférenciers prônaient au contraire un discours plutôt respectueux de la femme. Pour se faire une idée, la meilleur façon reste en effet, pour un journaliste, de se rendre sur place…

Juifs et musulmans solidaires avec les migrants

Il n’y a pas que le pape François et les catholiques qui se soucient du sort des migrants. Aux côtés des chrétiens, juifs et musulmans ont aussi élevé la voix et lancé des initiatives, en France comme à l’étranger, pour venir en aide aux réfugiés de plus en plus nombreux à fuir la guerre, notamment des Syriens.

Dimanche dernier, le n°2 du Conseil français du culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri, a ainsi suggéré aux fidèles de destiner aux migrants les fonds collectés pour l’Aïd el-Adha, qui sera fêtée le 24 septembre 2015. L’Aïd el-Adha, aussi appelée l’Aïd el-Kébir (grande fête) commémore la soumission d’Ibrahim (Abraham dans la tradition juive) à Dieu, lorsqu’il accepte de sacrifier, sous l’ordre de Dieu, son fils unique Ismaël, substitué in extremis par un mouton.

En commémoration, les musulmans sacrifient une bête de troupeau qu’ils partagent ensuite avec leurs proches ou des pauvres. Un sacrifice par délégation ou procuration est possible : l’argent correspondant au prix de la bête permet alors de tuer l’animal dans un autre pays pour que la population locale en profite.

« Nous pourrions peut-être imaginer cette année une nouvelle forme de solidarité pour venir en aide aux migrants, en collectant les fonds du sacrifice à leur profit », a suggéré le secrétaire général du CFCM dans un communiqué. « Quatre-vingt pour cent de ces migrants viennent de pays musulmans, il ne faudrait pas que la solidarité vienne uniquement des autres », a aussi plaidé Abdallah Zekri. Une allusion, écrit l’AFP dans une dépêche reprise par Respect Mag, « aux propos du pape François », dimanche dernier, « invitant chaque paroisse ou communauté religieuse catholique en Europe à accueillir une famille de migrants. »

« Notre solidarité doit être totale, quelles que soient la couleur de peau, la nationalité ou la religion des migrants en détresse », a insisté le représentant du CFCM.

L’entraide fait partie des valeurs capitales en Islam, a rappelé le CFCM  : « Dieu dit :’Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression’ (Sourate dite de « La Table Servie ») ».

D’autres instances musulmanes ont rejoint l’appel

Le CFCM n’est pas le seul à avoir fait cet appel. Plusieurs fédérations musulmanes se sont empressées de lui emboiter le pas, comme l’a rapporté La Croix.  L’Union des Mosquées de France (UMF), par exemple, a appuyé l’idée suggérée par le CFCM pour l’ Aïd-el-Adha, en rappelant à  ceux « qui n’ont pas (encore) réservé » leur mouton, que « l’acte sacrificiel reste (…) une recommandation alors que porter assistance aux personnes en danger est une obligation religieuse et morale et un devoir citoyen ».

Une solution à laquelle le Secours islamique a aussi adhéré, comme on peut le voir actuellement sur leur site.

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Le CFCM propose aussi une autre forme de solidarité : donner l’argent économisé pour un deuxième pèlerinage à La Mecque aux migrants« celles et ceux qui ont déjà accompli leur devoir de pèlerinage et qui souhaitent le réitérer » pourraient plutôt participer « à une collecte en faveur des migrants ».  L’Aïd-El-Adh marque en effet aussi la fin du hajj, la période de pèlerinages, durant laquelle les fidèles sont appelés à se rendre sur les lieux saints (tels La Mecque ou Médine).

Dernière suggestion imaginée par l’UMF : à l’occasion du Nouvel an hégirien 1437 (célébré le 14 octobre prochain), «  les réfugiés rentrent dans plusieurs des huit catégories, citées dans le saint Coran, pour recevoir une part de l’impôt de solidarité qu’est Zakat el Mal », c’est-à-dire l’aumône pour les pauvres. La première journée de la nouvelle année musulmane commémore l’hégire (« exil » ou « rupture »), en 622, lorsque le prophète Mahomet quitta la Mecque avec ses compagnons pour Médine, afin d’y fonder une communauté de foi, l’oumma.

Les organisations juives aussi

En France, les organisations juives ont aussi participé à cet élan de solidarité religieuse en faveur des réfugiés. En même temps que le pape, le grand rabbin Korsia, dimanche dernier, avait déclaré à la synagogue de la Victoire, à Paris : « Les migrants sont tous nos frères en humanité » et appelé la France à un « sursaut civique et humain ». Puis, à l’initiative du grand rabbin, plusieurs organisations juives se sont réunies au Consistoire central de France, le 9 septembre. Ces organisations se sont alors engagées à accompagner les réfugiés « dans leurs démarches, notamment administratives et médicales », et à proposer « un soutien psychologique et humain » ou l’accueil « des enfants isolés ».

L’objectif, comme l’avait précisé le grand rabbin de France dimanche, était de concrétiser ce précepte biblique : « Tu aimeras l’étranger comme toi-même, car tu as été étranger en terre d’Égypte » (Lévitique 19, 34).

Solidarité européenne ?

La solidarité musulmane n’est pas nouvelle : pour rappel, le Secours islamique de France s’était aussi associé aux  ONG Médecins du Monde, Solidarités international et Secours catholique, fin juin dernier, pour lancer une action d’urgence à Calais, face à l’afflux de milliers de migrants dans la ville portuaire, principal point d’accès pour la Grande-Bretagne.

Les mouvements d’aide aux migrants de la part de musulmans s’exercent aussi en dehors des frontières françaises. Par exemple, en Hongrie, où pourtant, 66% de la population “rejetterait” les migrants, des associations musulmanes se sont mobilisées pour venir en aide aux réfugiés, comme le montrait ce reportage de France 24 le 4 septembre dernier.

La solidarité des organisations juives dépasse elle aussi les frontières. Le Times of Israël explique ainsi le rôle de l’Alliance inter-religieuse pour les réfugiés syriens, qui comprend de nombreuses organisations juives, dans le camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie. Plusieurs organisations juives y aident ouvertement des réfugiés majoritairement musulmans.

Parmi les organisations juives, se trouve par exemple la Coalition juive pour les réfugiés syriens en Jordanie. Les partenaires de cette coalition (Fond de soutien de Monde Juif du Royaume Uni, Ligue Antidiffamation) sont aussi en train de lever des fonds pour les migrants parvenus à rejoindre l’Europe.