Flickr CC European Parliament

En autorisant des prêtres à pardonner l’avortement, François est-il « révolutionnaire » ?

La nouvelle a fait le tour des médias. Le 1er septembre, le pape François a autorisé « tous les prêtres »  à pardonner le « péché » d’avortement, à l’occasion du Jubilé de la miséricorde. Faut-il considérer cette annonce comme une grande nouveauté et un pas de plus du pape François – souvent présenté comme un pape progressiste – vers une Eglise plus ouverte  au « monde moderne » ? Voici quelques pistes d’éclairages.

  • Cette annonce du pape François n’est pas si révolutionnaire. Dans les fait, les évêques, qui ont l’autorité compétente dans l’Eglise pour pardonner un péché d’avortement, avaient déjà le droit de déléguer leur autorité à des prêtres de leur diocèse pour le faire. Dans la pratique, de nombreux prêtres ont donc pardonné un péché d’avortement lors de confessions. En outre, Jean-Paul II avait déjà ouvert cette possibilité, lors du jubilé de l’an 2000, à l’ensemble des prêtres-confesseurs.
  • Cette possibilité ne vaut que pour la période du jubilé. Le pape François s’adresse avant tout aux fidèles catholiques qui souhaitent profiter du Jubilé de la miséricorde, du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016, pour entamer une démarche de repentir, puisque l’Eglise considère l’avortement comme un péché. Le catéchisme de 1992 explique ainsi que « dès sa conception, l’enfant a droit à la vie » et que « l’embryon » doit être considéré comme « une personne dès sa conception ». L’Eglise a toujours insisté, cependant, pour dire qu’elle jugeait l’acte et non la personne, demandant un véritable accueil, en paroisses, pour les femmes ayant dû avorter. Au moment de la confession, c’est cependant la personne qui sera pardonnée, et son péché « effacé », si elle est dans une démarche sincère de repentir. Cependant, l’avortement reste considéré, d’une manière générale, comme un péché par l’Eglise catholique.
  • On lit souvent que le péché d’avortement est puni d’une peine d’excommunication latae sententiae, c’est-à-dire automatique, sans que l’Eglise n’ait besoin de prononcer la peine publiquement. L’excommunication empêche à un prêtre de célébrer des sacrements, et à un fidèle de les recevoir (eucharistie, réconciliation, mariage, etc.). Elle peut aussi valoir pour ceux qui ont pratiqué l’avortement (médecins), ou qui l’ont encouragé. Cependant, comme me l’expliquait récemment un prêtre spécialiste de droit canon, pour être passible de cette « peine », il faut avoir délibérément « violé la loi » en « connaissant la loi ». Autrement dit, si une personne commet un délit passible d’excommunication (l’avortement), mais en ignorant que c’était le cas, elle ne peut être excommuniée. Cette règle vaut pour les laïcs, mais pas pour les clercs. Cela explique pourquoi la plupart des cas recensés d’excommunication automatique, dans le droit canon, concernent des clercs. Il y a donc, dans les faits, très peu de laïcs excommuniés pour avortement.
  • Dans ses propos, le pape François semble particulièrement sensible au sort des femmes qui ont eu recours à l’avortement. Il rappelle d’ailleurs qu’il en a « rencontré » de « nombreuses » (alors qu’il était archevêque de Buenos Aires, notamment).

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Soyons prudents, là-aussi : cette adresse du pape François aux femmes ressemble assez à celle de Jean-Paul II dans Evangelium Vitae (n°99), qui employait exactement les même termes : une situation « profondément injuste », et des « conditionnements » ayant pu peser dans leur « décision », ains qu’une situation « douloureuse et dramatique». Le pape François, cependant, fait valoir son expérience de terrain en tant qu’ancien archevêque dans les bidonvilles de Buenos Aires, amené régulièrement à rencontrer des femmes ayant avorté, pour faire preuve de sa compassion. « Je connais bien les conditionnement qui les ont conduites à cette décision », relève-t-il, reconnaissant un « choix difficile et douloureux ».

Point de réelle nouveauté et de grande révolution, donc.

  •  La vraie nouveauté de cette lettre du pape François envoyée à l’occasion du Jubilé de la miséricorde, c’est sa main tendue à la communauté schismatique de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX)Cette communauté intégriste, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, avait refusé les principales décisions du concile Vatican II (1962-1965) (dialogue interreligieux, liberté religieuse, abandon du dogme de l’infaillibilité papale). Depuis, elle n’est pas reconnue par Rome. Dans cette lettre, le pape rend valide, dans un geste inédit, le sacrement de réconciliation (absolution des péchés) qui sera prononcé par les prêtres de la FSSPX. Auparavant, ce sacrement tel que célébré par cette communauté séparée de Rome faisait polémique. Le pape va même plus loin dans son message puisqu’il souhaite, à l’avenir, pouvoir « retrouver la pleine communion » avec la FSSPX. Une main tendue aux « intégristes » ? Le pape François est un plus fin stratège : le même jour, il recevait au Vatican Mgr Jacques Gaillot, un évêque très progressiste (en faveur du mariage homosexuel, de l’ordination de femmes prêtres, ou encore de l’avortement), destitué par Rome en 1995. Une façon de montrer que sa priorité est une Eglise unie, au-delà des considérations politiques… au risque d’exacerber les « paradoxes », comme le relève Jean-Marie Guénois dans Le Figaro. Ou, d’agir, comme à son habitude, en habile jésuite.
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