Le Vatican se déchire sur la question des divorcés remariés

Voici l’un de mes articles, initialement publié sur Le Monde des Religions

Le 14 septembre dernier, le pape François célébrait le mariage d’une vingtaine de couples, à la basilique Saint-Pierre de Rome. Parmi les fiancés sélectionnés pour bénéficier de ce privilège, Gabriella, la cinquantaine, venue avec sa fille, et son futur époux, qui avait fait déclarer la « nullité » de sa précédente union catholique.

Concubinage, enfants « hors mariage », remariage… du jamais vu au Vatican. En choisissant des couples aux parcours aussi atypiques, le successeur de Benoît XVI a voulu envoyer un signal fort, à quelques jours d’un événement très attendu dans le monde catholique : le synode extraordinaire des évêques sur la pastorale familiale.

Cette assemblée, qu’il avait lui-même convoquée un an plus tôt, réunira 253 participants, du 5 au 19 octobre au Vatican. Elle sera composée de présidents de conférences épiscopales, de membres de la Curie, mais aussi de laïcs, dont 13 couples mariés et 16 experts venant de divers pays du monde.

L’objectif de cette assemblée est de trouver de nouvelles approches face aux évolutions du modèle familial. Preuve que l’Église du pape François souhaite intégrer l’ensemble de la communauté catholique dans ce débat, un questionnaire avait été pour la première fois diffusé publiquement. Les réponses, transmises à Rome, ont été synthétisées sous la forme d’unInstrumentum Laboris (document de travail). Mariage, contraception, homosexualité, personnes âgées, enfants… les problématiques sont nombreuses. Mais à l’approche de l’ouverture du synode, un sujet retient particulièrement l’attention des médias, et crée la polémique jusque dans les plus hautes sphères de l’Église : l’accès des divorcés remariés à la communion.

Indissolubilité

Pour l’Église, le mariage catholique est « indissoluble ». Cette notion trouve notamment sa source dans l’Évangile de Matthieu (19, 3-12) : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! ».Ainsi, un remariage après un divorce civil est considéré comme une forme d’infidélité, un péché grave empêchant d’accéder au sacrement de la communion.

Ainsi, pour les catholiques, le divorce religieux n’existe pas. Mais dans certains cas précis, l’Église peut juger une union invalide et prononcer ainsi une « déclaration en nullité de mariage », via le jugement d’un tribunal ecclésiastique. Le mariage n’est donc pas dissout, mais on considère qu’il n’a jamais existé. Il est donc possible de se « remarier » et alors d’aller communier. Le simple constat d’échec post-mariage ne suffit pas à obtenir cette déclaration. Les motifs revenant le plus souvent pour déclarer une « nullité de mariage » sont le manque de discernement au moment de se marier, ou encore le défaut de liberté. La procédure reste, pour le moment, complexe et longue.

Désaccords

Ces derniers jours, des cardinaux de la Curie et d’ailleurs n’ont pas hésité à s’affronter à coups de publications. Cinq d’entre eux viennent de publier un livre rassemblant des textes contre l’octroi de la communion aux divorcés remariés, dont un écrit du cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

L’ouvrage, intitulé Demeurer dans la vérité du Christ et paru le 25 septembre en France aux éditions Artège, se présente comme une réponse à la proposition formulée par le cardinal allemand Walter Kasper, partisan de l’ouverture, par le biais d’un « chemin pénitentiel ». Pour le « clan Müller », cette idée ne pourrait « que conduire à des erreurs d’interprétation sur la fidélité et la miséricorde ». Le 18 septembre, le cardinal Angelo Scola, grande figure du conclave de 2013, avait publié un article dans le journal italien La Stampa pour dire expressément « non » à la communion aux divorcés remariés.

Rumeur et recadrage

Face à ces affrontements publics, le pape François se devait de rappeler les cardinaux à l’ordre tout en se montrant garant de l’unité de l’Église. Lors d’un discours devant 140 nouveaux évêques du monde entier, le 18 septembre, il leur a ainsi demandé de ne pas « dépenser d’énergie pour vous opposer et vous affronter, mais pour construire et aimer ». Une recommandation qui valait sûrement aussi pour les cardinaux.

Difficile de se montrer garant de l’unité de l’Église quand on est soi-même soupçonné de prendre parti. C’est en effet le cardinal Walter Kasper, partisan assumé du changement, que le pape avait chargé d’introduire la discussion sur le thème de la famille, lors du Consistoire des cardinaux qui s’était tenu en février dernier. Si le pontife ne s’est jamais prononcé ouvertement sur la question, il avait pourtant qualifié la pensée de Kasper de « sereine pour la théologie ».

En avril 2014, une rumeur selon laquelle le pontife aurait téléphoné à une femme argentine, mariée à un divorcé, pour lui « conseiller de prendre la communion » avait provoqué des remous dans les médias. Le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, avait dû effectuer un « recadrage », sans pour autant démentir la rumeur : « Les conversations téléphoniques du pape, qui sortent du cadre des relations personnelles et leur “amplification médiatique” sont sources de malentendus et confusions….On ne saurait donc tirer parti de celles-ci concernant l’enseignement de l’Église ».

Simplification des procédures

Il semble pourtant peu probable que le pape François soit partisan d’une réforme aussi révolutionnaire. D’autant plus que les soutiens du cardinal Kasper sont en minorité : 85 cardinaux sur la centaine présents au Consistoire de février auraient voté contre son avis.

La position du souverain pontife, en définitive, serait plutôt celle du compromis. En témoigne sa décision, le 20 septembre, de rendre publique l’existence d’une nouvelle Commission – instituée le 27 août dernier – chargée de simplifier les procédures de nullité en mariage. « Les travaux de la commission spéciale auront pour objectif de préparer une proposition de réforme du procès matrimonial, a indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège, pour en simplifier la procédure, la rendant moins lourde tout en sauvegardant le principe d’indissolubilité du mariage. » Deux solutions sont alors envisagées : passer de deux à un seul tribunal ecclésiastique, et donner plus de pouvoir au niveau local, c’est-à-dire à l’évêque.

Le pape François avait déjà évoqué la piste de la « nullité des mariages » en juillet 2014, lors de la conférence de presse tenue dans l’avion qui le ramenait des Journées mondiales de la jeunesse de Rio. L’idée faisait d’ailleurs partie des propositions de l’Instrumentum Laboris issu du questionnaire diffusé publiquement. Reste que, pour le cardinal Kasper, cette « solution » ne suffit pas. Les débats du synode promettent d’être animés

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