A bord du vol papal… avec 12 réfugiés !

« C’est un voyage un peu différent des autres, un voyage un peu triste ». A l’aller, entre Rome et Lesbos, le pape François avait donné le ton. Pourtant, les journalistes étaient loin de s’imaginer combien ces mots allaient prendre tout leur sens au vol retour.

Le voyage en soi était déjà inédit : organisée en un temps record, cette visite « éclair » n’a duré que quelques heures, comme le déplacement du pape à Lampedusa (Sicile), autre île marquée par la crise migratoire. Mais il s’agissait, cette fois-ci, d’une visite d’État, puisque le pape quittait l’Italie. Et elle fut moins « différente » qu’historique. Quel chef religieux, ou chef d’État, a déjà ramené, à bord de son avion, 12 réfugiés ?

A l’aller, le pape François est souriant et décontracté. Comme à son habitude, il prend le temps de saluer un à un les journalistes présents à bord de l’avion papal, dans lequel j’ai eu pour la deuxième fois l’immense chance d’embarquer. A ceux qu’ils connaît mieux, il claque la bise. Se laisse prendre en photo par les smartphones et tablettes, prend le temps de chausser ses lunettes pour lire les lettre qu’on lui donne.

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A mes côtés, le correspondant d’un quotidien  lui tend son Exhortation apostolique sur la famille, Amoris Laetitia, pour la faire dédicacer. Le pape s’exécute, appliqué, puis lui lance : « Je t’appelle, hein ! ».  

Cela fait un moment que ce journaliste cherche à obtenir une interview du pape. Il reste interdit, et me glisse ensuite, amusé : « Je ne savais pas trop quoi répondre, est-ce qu’il a mon numéro de portable au moins ?  ». Avec François, c’est comme ça. Il tutoie, il apostrophe : combien de personnes, qui lui ont un jour écrit, ont décroché leur téléphone et cru à une blague en entendant à l’autre bout du fil :« Bonjour, c’est le pape François  » ?

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Un voyage « triste », c’est vrai aussi. A l’arrivée à Lesbos, les journalistes sont trimballés directement de l’aéroport, dans une salle municipale improvisée à la hâte en salle de presse. Entre temps, nous embarquons dans un bus et avons le temps de voir défiler les rivages de l’île bordés d’oliviers, le bleu azur de la mer Égée et ses reflets turquoises, et, en face, les côtes de l’Anatolie se détacher. On imagine, de l’autre côté, les réfugiés caressant le rêve européen, les yeux fixés sur les côtes grecques.

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photo 3 (4)Dans cette salle de presse de fortune, où l’on manque de se prendre les pieds dans les câbles, règne un brouhaha permanent. Nos yeux, attirés par la vue magnifique sur le port, n’en sont pas moins rivés sur l’immense télévision transmettant en direct l’arrivée du pape François au camp de réfugiés de Moria. Accompagné du patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée 1er et de l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme II, il salue, un à un,  250 demandeurs d’asile. Il s’arrête pour discuter avec eux, souvent des femmes, voilées, qui s’adressent à lui d’une voix saccadée, et sont traduites de l’arabe par un interprète.

Soudain, le brouhaha s’interrompt. Les doigts arrêtent de taper sur les claviers. Sur l’écran, un réfugié, à genoux devant le pape, éclate en sanglots et s’effondre à terre, si bien qu’on ne le voit même plus. Nous n’entendons plus que ses supplications : « bless me, bless me ! » (Bénissez-moi !).

La scène est glaçante. Elle se reproduira quelques minutes plus tard, lorsqu’une réfugiée, devant les barbelés, poussera de longs gémissements devant le pape, visiblement très ému.

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Au retour, le pape a confié que ce voyage avait été « trop dur » pour lui. Dès le lendemain de sa visite, pour la prière mariale du Regina Caeli, place Saint-Pierre, il rapporte l’une des nombreuses histoires que lui ont confiées les réfugiés de ce camp. Un jeune musulman, d’une quarantaine d’années, lui a raconté comment son épouse chrétienne, qu’il aimait de tout son cœur, a été égorgée par les terroristes de l’Etat islamique pour avoir refusé de renier sa foi.

Et puis, il y avait les enfants. Dans le camp de Moria, le pape en a pris certains dans ses bras, et reçu des dizaines de dessins en guise de cadeaux.

Là aussi, ces croquis d’enfants sont « différents ». Ils sont naïfs et saisissants à la fois. Pendant le vol retour, lors de la conférence de presse, le pape, bouleversé, les a longuement montrés aux journalistes. Certains montrent des enfants se noyer en pleine mer.

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Dans la salle de presse, vers 11 heures, la rumeur enflait dans les médias italiens : « le pape va ramener avec lui des réfugiés au Vatican ». Au début,  personne n’y croit. On pense même à une blague. La télévision italienne (et une bonne partie des médias italiens) a souvent tendance à exagérer ou à publier des informations sans vérification rigoureuse. Puis, tombe une dépêche AFP citant notamment la télévision grecque.

Quelques heures plus tard, nous n’avons toujours pas de précisions du Vatican. Le porte-parole, le père Federico Lombardi, ne souhaite ni confirmer, ni démentir « pour l’instant », ce qui, dans le langage « Lombardi » que les journalistes du Vatican commencent à maîtriser, fait office de confirmation. Alors, dans le bus pour  l’aéroport de Mytilène, tout le monde s’interroge : Combien seront-ils ? Seront-ils vraiment à bord de l’avion papal, au milieu d’entre nous ? Partiront-ils quelques jours plus tard ?

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Sur le tarmac de l’aéroport, les réponses ne se font pas attendre. Alors que je suis au téléphone avec Radio Vatican  pour raconter mes impressions, je vois mes confrères coller leur nez contre la vitre du minibus nous rapprochant de l’avion. Les caméras s’allument.

Sous nos yeux ébahis, 12 réfugiés montent les escaliers de l’entrée avant de l’appareil, celle par laquelle entrent le pape et ses collaborateurs (les journalistes montent par l’arrière). L’un d’entre eux porte un enfant dans ses bras. C’était donc vrai ! Nous vivons un moment historique.

N’ayant plus accès à Internet, j’appelle ma collègue à Rome (oh combien précieuse) qui au même moment, a reçu un communiqué du Vatican : ils sont 12 Syriens, tous musulmans, dont trois familles et six enfants.

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Tous musulmans : je soupire déjà à l’idée de la polémique qui va se créer, en France, y compris chez certains fidèles catholiques. Musulmans, oui, mais fuyant les même conflits que leurs frères chrétiens persécutés. Leurs maisons ont été bombardées dans la banlieue de Damas par l’armée de Bachar al-Assad, d’autres sont originaires de Deir el-zor, zone contrôlée par l’Etat islamique, dont ils ont fui les terroristes.

Le pape dit ne pas avoir choisi entre chrétiens et musulmans, ceux-là faisaient partie des rares familles de réfugiés de Lesbos ayant leurs papiers en règles et étant arrivés avant le 20 mars, date de l’entrée en vigueur de l’accord UE-Turquie. Fin de l’histoire. Nous envoyons un « Urgent ». L’avion décolle.

L’aventure est loin d’être finie puisqu’en près de 2 heures de vol, il va falloir en savoir plus sur ces réfugiés et ce geste spectaculaire, lors de la conférence de presse du pape François, et préparer l’envoi d’une nouvelle dépêche. Le tout avec un énorme plateau-repas délicieux (et chaud !) avec serviettes en tissu, tasses en porcelaine et vrais couverts, servi par Alitalia. Nous avons à peine le temps de l’engloutir, et de toute façon il nous encombre. L’ordinateur prend toute la place sur la tablette.

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© Twitter/@FannyCarrier, Journaliste AFP à bord de l’avion papal.

Dans l’avion, nous ne pouvons pas voir tout de suite les 12 réfugiés, séparés de nous par des rideaux. Mais pendant la conférence de presse du pape, on entend derrière ses mots quelques pleurs d’enfants.

Soudain, dans l’allée, je vois s’approcher une maman dont le visage est entouré d’un hijab blanc. Elle s’approche, précédée de son mari, tenant sa petite fille par la main : une pause pipi s’impose !

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Ils sont souriants et intimidés, se laissent prendre en photo mais impossible de les interroger, les services de sécurité demandent de ne pas les déranger. Le moment des interviews sera pour plus tard, une fois arrivés à Rome, au siège de la communauté Sant’Egidio, au cœur du Trastevere. Cette communauté de laïcs catholiques est un peu considérée comme la diplomatie officieuse du Vatican, et aussi une experte reconnue dans l’accueil des réfugiés. C’est elle qui a mis en place, récemment, un “couloir humanitaire“ entre le Liban et l’Italie pour aider d’autres réfugiés syriens, avec l’appui du gouvernement italien et d’organisations chrétiennes.

Réalisent-ils ce qui vient de leur arriver ? C’est sans doute la première fois pour ces enfants qu’ils prennent l’avion – et quel avion ! Plus tard, on saura que le pape est venu à leur rencontre dans la cabine. Depuis, le petit Riad, fils de Nour et Hassan, microbiologiste et ingénieur, ne cesse d’embrasser la photo du pontife.

A l’arrivée, le pape François salue à nouveau les réfugiés Syriens… qui disparaissent bien vite au poste de carabiniers italiens de l’aéroport de Ciampino, conduits pour être interrogés, comme le veut la législation italienne, et pour que leur visa humanitaire soit vérifié. Pour eux, l’aventure se poursuit (apprentissage de l’italien, demande d’asile), mais un énorme poids vient de leur être enlevé. Le soir-même, ils dormiront pour la première fois depuis longtemps dans un vrai lit, pourront se doucher, prendre un repas chaud. A ceux qui critiquaient déjà ce geste, le pape a répondu en paraphrasant Mère Teresa : « ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer, mais après, la mer ne sera plus la même ».

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Le pape ne s’est pas contenté d’un geste spectaculaire. Sur place, il a eu un discours aux accents fortement politique à l’égard de l’Europe, et de la communauté internationale, invitant ses dirigeants à s’attaquer aux causes de la crise migratoire : la guerre qui perdure en Syrie, le trafic d’armes, les soutiens financiers et politiques aux terroristes, le trafic d’être humains… C’est pour que ces mots ne soient pas vains que ce pape, qui privilégie toujours l’action à la parole,  y a joint un geste pour bouleverser les consciences.

Les femmes, grandes oubliées du synode

Article initialement publié sur Le Monde des religions*.

Lucetta Scaraffia est en colère. Invitée au synode sur la famille en tant qu’ « auditrice », cette journaliste du quotidien officiel du Vatican L’Osservatore Romano s’est sentie très peu écoutée durant les trois semaines de débat, dans un monde résolument masculin. Son message n’ayant pas été pris au sérieux, elle a choisi de crier son amertume dans une tribune publiée en Une du Monde, le 28 octobre dernier. Cette ancienne féministe y dénonce la « parfaite ignorance de la gent féminine » chez les évêques et cardinaux réunis au Vatican, du 4 au 25 octobre, pour discuter de la famille. Pendant les discussions en assemblée, elle n’a pas eu le droit d’intervenir, si ce n’est à la fin, et encore moins de voter, comme ce fut le cas pour les autres auditeurs. Elle n’a pas non plus eu le droit de proposer des modifications au texte soumis au débat. « Bref, explique-t-elle, tout contribuait à ce que je me sente inexistante. »  

La discussion des participants au synode a beaucoup porté sur « l’indissolubilité du mariage » et donc l’impossibilité, pour les catholiques, de se remarier. Mais lorsque Lucetta Scaraffia tente d’expliquer à l’assemblée que les femmes, souvent abandonnées par leur mari, sont les premières pénalisées dans cette situation, la journaliste a la sensation de « parler dans le vide ». À ses côtés, d’autres femmes participant au synode – toujours et seulement comme auditrices – ont tenté de se faire entendre. Comme cette jeune religieuse qui explique à Lucetta avoir découvert, lors d’un échange avec le pape, que les quatre lettres envoyées par son association, réclamant plus de place pour les religieuses, ne sont jamais parvenues au chef de l’Église catholique.

Au cœur du synode, la sœur américaine Maureen Kelleher, religieuse du Sacré-Cœur de Marie et membre de l’Union internationale des supérieurs généraux, prend la parole. En 1974, lors d’un précédent synode, relève-t-elle, seules deux religieuses avaient été invitées à participer.« Aujourd’hui, 40 ans plus tard, nous sommes trois. » Avec courage, la religieuse américaine adresse un vigoureux appel aux leaders de l’Église pour qu’ils reconnaissent « combien de nombreuses femmes qui se sentent appelées à être au service du Royaume de Dieu ne peuvent trouver leur place dans notre Église ». « Aussi douées soient-elles, soupire-t-elle, elles ne peuvent apporter leurs talents à la table des prises de décision et des planifications pastorales. »

La force des femmes face à Boko Haram

Deux autres auditrices, catholiques engagées, ne se sont pas non plus laissées intimidées. Agnes Offiong Erogunaye est présidente de la Catholic Women Organization of Nigeria. Devant l’assemblée d’hommes, elle témoigne de la force des femmes nigérianes face à la secte Boko Haram : « L’insurrection de Boko Haram au Nigeria a montré la force et le rôle d’une femme et d’une mère déterminée à garder sa famille réunie face à l’impuissance et à la calamité. Dans ces moments de détresse, elle travaille dur pour que sa famille survive. » Elle poursuit : « De mon expérience avec les femmes dans ces moments difficiles, je peux dire avec audace que, bien que l’homme soit le chef de famille, la femme est cependant le cœur de la famille, et quand le cœur cesse de battre, la famille meurt (…). La plupart des femmes africaines sont connues pour prendre soin de leur famille, avec ou sans la contribution de leurs époux ! »

L’Australienne Maria Harries, elle, invite à respecter, voire à s’inspirer de la culture des peuples aborigènes de son pays. Dans des systèmes souvent « matrilinéaires », explique-t-elle, les femmes jouent « un rôle dynamique », et sont habituées à « être visibles ». Pour appuyer son propos, elle va jusqu’à citer un chef aborigène : « Sans femmes visibles à l’autel et dans la vie de notre Eglise, nous mettons hors de vue nos mères, nos sœurs et nos filles ! »

Entendre la voix des femmes

« Je pense que le synode gagnerait vraiment à entendre la voix des femmes, a pour sa part estimé sœur Carmen Sammut, présidente de l’Union internationale des supérieures générales dans le quotidien La Croix, à l’issue du synode. Elles sont expertes en plusieurs domaines, très proches de la vie de ceux et celles qui souffrent, aux marges. » Elle avoue que le synode fut « une épreuve », car « il y avait si peu de femmes » que « l’universalité était en soit limitée ». « Forcément, dans cette rencontre, la voix de trois religieuses n’avait pas beaucoup de poids. Comme nos interventions sont arrivées en fin de deuxième semaine, certaines étaient devenues caduques. C’était assez frustrant. »

« J’ai vécu des moments de désolation quand j’ai pensé que tout était bloqué, confie encore la religieuse, et que rien de neuf n’allait apparaître dans le résultat final. » Cependant, quand elle découvre le rapport final, elle est plutôt satisfaite : « Il reconnaît que leur participation au sein de l’Église dans les processus de décision, dans la gouvernance de certaines institutions et dans la formation des prêtres, peut contribuer à une meilleure reconnaissance sociale des femmes. Nous attendons maintenant que ces déclarations soient mises en pratiques. »

Nommer plus de femmes à la curie romaine

N’y a-t-il donc eu aucun homme pour défendre la cause des femmes durant l’assemblée des évêques ? Si, au moins un ! Dans une intervention courageuse, l’évêque canadien Mgr Paul-André Durocher a demandé à l’Église d’affirmer « que les passages où saint Paul parle de la soumission de la femme à son mari ne peuvent pas justifier la domination de l’homme sur la femme, encore moins la violence à son égard ». Il a ensuite proposé la possibilité de « nommer des femmes aux postes qu’elles pourraient occuper dans la curie romaine et dans les curies diocésaines », afin de« reconnaître l’égale capacité des femmes d’assumer des postes décisionnels dans l’Église ». Pour l’instant, les femmes sont très rares à occuper des postes à responsabilité dans la curie romaine. Aucune n’est à la tête d’un dicastère (sorte de ministère). L’évêque canadien est même allé plus loin, en proposant l’accès des femmes au diaconat. Il confie cependant que cette suggestion a suscité « peu d’échos » dans la suite des débats. Sans doute faudra-t-il attendre un prochain synode pour que les femmes réussissent, cette fois, à faire entendre leur voix.

*Article publié sous pseudonyme.

La mafia racontée en bande dessinée

Au cœur de Rome, le Museo di Roma in Trastevere consacre une exposition, jusqu’au 8 novembre, à la mafia racontée en Bande dessinée. Le parcours propose plusieurs planches de BD, en noir et blanc et en couleurs, de divers scénaristes et dessinateurs d’hier et d’aujourd’hui.

Certains évoquent les guerres de clan de la ‘Ndrangheta, mafia calabraise, d’autres, les règlements de compte sanglants de la Camorra, mafia napolitaine, d’autres encore s’intéressent aux collusions avec les hommes politiques… et même des hauts prélats du Vatican ! Si elle manque peut-être d’explications de fond sur l’histoire et le contexte socio-culturel de ces différentes familles de crime organisé, l’exposition vaut le détour, ne serait-ce que pour la qualité des coups de crayon  et l’humour grinçant.

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Paolo Borsellino, l’agenda Rossa de Giacomo Bendotti (ed. Becco Giallo)

Sur ces planches (voir ci-dessous), on reconnaît facilement le Vésuve et les fameuses « velle », immeubles en forme de voile du quartier périphérique de Scampia, à Naples, où la Camorra utilise sa « petite main » pour organiser son trafic de drogue.

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Nero Napoletano, dessins de Giuseppe Liotti, Ed. Scuola Italiana di Comix

Sur cette planche, les traits du visage du policier, particulièrement travaillés, sont  typiquement napolitains : nez aquilin, yeux et sourcils très bruns. Ici, plus de simple trafic de drogue mais des exécutions… sans pitié !

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Ici, un policier servant le café devant la cellule d’un boss, bien au chaud dans ses pantoufles…

Don Raffaè. Illustrations de Bruno Brindisi
Don Raffaè. Illustrations de Bruno Brindisi

La mafia n’existe pas seulement dans les régions du sud de l’Italie. Récemment, carabiniers et juges ont mis au grand jour l’existence d’un immense réseau propre à Rome, qui infiltrait et corrompait l’administration locale. Plus d’une centaine de personnes, dont des nombreux entrepreneurs et des personnalités politiques (dont l’ancien maire Gianni Alemanno) ont été poursuivies. La BD n’a donc pas épargné – avec humour – ce que l’on surnomme depuis “Mafia capitale“.

“Mafia capitale ?“ “On aura réussi à dépasser le complexe du provincial dans un domaine au moins !“
“Mafia capitale ?“
“On aura réussi à dépasser le complexe du provincial dans un domaine au moins !“

Ici aussi, Mafia capitale est évoqué explicitement dans une BD en… romain. Le scénariste n’est pas tendre avec Roberto Saviano, auteur du best seller Gomorra, puis de la série TV du même nom (qui suscite des critiques chez certains napolitains lassés qu’on présente Naples, et notamment le quartier de Scampia, comme le seul fief de la criminalité organisée).

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Ici, une fausse affiche ironique sur le “Pizzo Day“ (sous-titre : le racket ouvre ses portes). Le Pizzo est en effet une forme de racket utilisée par Cosa Nostra en Sicile, la ‘Ndrangheta en Calabre ou la Camorra en Campanie. En échange d’une sorte d’impôt officieux que doivent verser les commerçants locaux, la mafia assure une «  protection ».

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Pour terminer, avant de vous spoiler l’exposition toute entière, voici un dessin que j’ai beaucoup apprécié de Giorgio Franzaroli.

“J'ai fait un café qui fait ressusciter les morts“. Giorgio Franzaroli
“J’ai fait un café qui fait ressusciter les morts“. Giorgio Franzaroli

=> Mc Mafia, mafia, carmorra e ‘ndrangheta nella storia del fumetto, jusqu’au 8 novembre, Museo di Roma in Trastevere.

Ainsi soient-ils, dernière saison ce soir sur Arte !

Ils sont de retour ! Qui ? Yann, Guillaume, José… ce soir, les fameux séminaristes de la série Ainsi soient-ils, reviennent pour une troisième et dernière saison sur Arte.

Le pitch Quatre ans plus tard, les trois jeunes hommes, désormais devenus prêtres, sont dispersés dans différentes paroisses de France. Yann revient sur sa terre natale, en Bretagne, à  Plugneaux. Il est perturbé par le désir qu’il éprouve pour une amie d’enfance et doit faire face à des aveux compromettants d’un enfant à propos du prêtre qu’il vient seconder. Dans la commune d’Ussy-Saint-Germain en Ile de France, Guillaume a du mal à trouver sa place, restant bouleversé par sa relation précédente avec Emmanuel. A Toulouse, José doit s’imposer dans un conseil paroissial dirigé par Jeanne. A Paris, Mgr Poileaux, sur le point de quitter ses fonctions à la Conférence des évêques de France, se voit confier une mission secrète par le père Fromenger, qui pourrait le mener jusqu’au Vatican…

La vie de séminaristes… un sujet pas vraiment « sexy », au premier abord. Pourtant, Ainsi soient-ils, créée par David Elkaïm, Vincent Poymiro, Rodolphe Tissot et Bruno Nahon, est un réel succès de télévision française. La saison inaugurale, en 2012, a « cassé la baraque », selon les Inrocks, et dévoilé une « épatante série » pour Le Monde.  La première saison avait alors réuni 1,4 millions de téléspectateurs, score historique pour la chaine culturelleAinsi soient-ils  avait même été récompensée du prix de la meilleure série française au festival Séries Mania 2012.

Deux ans plus tard, pour la saison 2, les mésaventures des jeunes séminaristes ont rassemblé moins de monde : 760 000 téléspectateurs. Une audience restant largement correcte pour la chaine franco-allemande. Cette année, l’enthousiasme est encore là : Le Monde parle à nouveau de « petit miracle ».  Pour le Nouvel Obs« avec trois saisons de qualité (…) Ainsi soient-ils fait partie de ces séries qui ont redonné foi en la fiction française. » Enfin, la boucle est « brillamment bouclée » pour Les Inrocks.

La prouesse de cette série tient sans doute au fait qu’elle réussi à montrer des (futurs) hommes d’Eglise tels qu’ils sont dans la réalité : avant tout des hommes, avec leurs doutes et leurs faiblesses. Des problématiques réelles de la vie ecclésiale y sont évoquées sans tabou : difficulté à respecter son voeu de chasteté, attirance homosexuelle, solitude de la prêtrise, incompréhension des proches pour leur engagement radical, etc. Leur engagement en paroisse les amènera aussi à gérer des problèmes épineux comme l’accueil de l’étranger,  le suicide,  ou encore l’avortement.

Au risque de tomber dans la caricature et l’excès, ces rebondissement ont le mérite de tenir en haleine les téléspectateurs et de toucher un large public, où anticléricaux et croyants pourront se retrouver.

 Ainsi soient-ils ne se contente pas de surfer sur les sujets sulfureux tels que l’homosexualité et la chasteté. La série apporte un véritable éclairage sur les défis auxquels  l’Eglise française actuelle est confrontée. « Crise de vocation » des prêtres, difficultés financières des paroisses,  crispations permanentes entre  progressistes et conservateurs,  lourdeurs administratives , ou encore, poids de la hiérarchie. Ainsi soient-ils est aussi une grande série sur le pouvoir, la hiérarchie de l’Eglise, avec une véritable dimension politique qui arrive à son paroxysme dans la saison 3, qui doit nous plonger au coeur du Vatican.

Manque de vraisemblance ?

Certes, la série a été l’objet de critiques pour son manque de vraisemblance… au point d’en oublier qu’il s’agit d’une fiction ! Dans La Croix, un prêtre dénonçait ainsi le manque de crédibilité de la saison 1 :  « Il peut arriver que nous rencontrions les situations évoquées dans la série. Mais sur une échelle de quinze ans ! Ici, les profils les plus singuliers sont concentrés dans une promotion de cinq séminaristes. Ce n’est pas crédible. ».  Si certains aspects de la vie ecclésiale sont sans doute exacerbés, les réalisateurs ont pourtant pris le soin de demander conseil auprès de différents prêtres, d’ailleurs remerciés au générique. Les catholiques, eux, sont partagés. Certains détestent, d’autres adorent ! (voir les articles de 20minutes et La Vie).

Pédophilie, excès du pouvoir… on ne peut regarder la série sans se demander si les réalisateurs n’en profitent pas pour exposer leurs propres opinions et critiques sur les différentes positions de l’Eglise.  « On est plutôt sur le fil, c’est vrai, reconnaissait ce matin Rodolphe Tissot, l’un des créateurs de la série, sur France Inter. Forcément, nos convictions ressurgissent. Mais on essaie de faire une série qui soit, d’une manière large, sur les tolérances (…) et qui puisse exposer les points de vue de chacun. »  

Ce soir, à 20h50 sur Arte donc … Bonne série !

Coming out d’un prêtre homosexuel au Vatican : la fin d’un tabou ?

La nouvelle a fait la Une de tous les journaux . A la veille du synode sur la famille, un prêtre haut placé au Vatican, Krzysztof Charamsa, a révélé son homosexualité, et sa relation amoureuse avec son compagnon. Une révélation orchestrée pour être la plus retentissante possible : interview exclusive dans l’un des principaux quotidiens italiens (Il Corriere della Sera), puis convocation de la presse internationale dans un restaurant du centre de Rome.

Dimanche,  l’interview au Corriere fait l’effet d’une véritable bombe : « Je veux que l’Eglise et ma communauté sachent qui je suis : un prêtre homosexuel, heureux et fier de sa propre identité. Je suis prêt à en payer les conséquences, mais le moment est venu que l’Eglise ouvre les yeux devant les gays croyants et qu’elle comprenne que la solution qu’elle leur propose, l’abstinence totale et une vie sans amour, est inhumaine ».

Le Vatican ne tarde pas à réagir, avec un communiqué du porte-parole, le père Federico Lombardi :

« En dépit du respect que méritent les événements et situations personnelles et les réflexions sur celles-ci, le choix d’organiser une manifestation aussi éclatante à la veille de l’ouverture du synode semble très grave et irresponsable, parce que cela soumet l’assemblée synodale à une pression médiatique illégitime. Il est clair que Mgr Charamsa ne pourra plus continuer à exercer ses fonctions précédentes auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi et les universités pontificales. ». Le communiqué ajoute que son diocèse devra prendre une décision concernant son statut de prêtre (compromis par la rupture du voeu de chasteté).

Il se trouve que le père Krzysztof Charamsa est non seulement prêtre, mais occupe aussi un poste important à  la Curie romaine : il est membre de la prestigieuse Congrégation pour la doctrine de la foi (chargée de préserver la doctrine de l’Eglise !). En outre, il enseigne au sein de deux universités pontificales, et est secrétaire adjoint de la Commission théologique internationale.

Ce n’est pas la première fois qu’un prêtre du Vatican fait scandale en révélant aux médias son homosexualité… mais cela reste un fait rarissime. Ici, le moment choisi est particulièrement inédit : à la veille d’une grande assemblée des évêques du monde entier sur les questions liées à la famille. L’intention est donc de faire bouger la doctrine de l’Eglise sur l’homosexualité, pour l’instant considérée comme un véritable « péché ».  La réaction du Vatican a été particulièrement rapide et semble très sévère. Comment interpréter ce coming out fracassant et la réaction des autorités vaticanes ? Que dit l’Eglise sur l’homosexualité ? Enfin, le synode convoqué par le pape François pourra-t-il faire bouger les lignes ?

  • Lever un tabou

Par cette révélation fracassante à la veille d’un synode consacré à la famille, le père Charamsa  tente de lever un tabou : celui du regard que l’Eglise porte sur l’homosexualité… alors qu’elle est elle même concernée ! Selon le père Charamsa :

« Le clergé est largement homosexuel, et aussi malheureusement, homophobe jusqu’à la paranoïa car paralysé par le manque d’acceptation pour sa propre orientation sexuelle. »

A la question d’un journaliste qui lui demande s’il y a « vraiment beaucoup d’homosexuels au Vatican », il répond aussi : « dans toute société composée seulement d’hommes, il y a plus de gays que dans le reste du monde. »  

Plusieurs observateurs de l’Eglise et du Vatican, en off, le reconnaissent : certains hommes choisiraient l’engagement sacerdotal en espérant réprimer leur désir homosexuel. Mais ils se retrouvent dans un monde d’homme, où l’attirance homosexuelle serait alors plus difficile à contenir.

Il semblerait que peu de monde soit encore prêt, au Vatican comme dans l’Eglise, à lever le tabou. Le sujet dérange. Certes, il ne doit pas monopoliser les débats du synode sur la famille, qui englobe de nombreux autres sujets (les personnes âgées, l’éducation des enfants, la solitude, la stérilité, les familles en situation de conflits ou d’émigration, la violence conjugale, les problème de santé, de chômage, la polygamie – sujet évoqué par les évêques africains  – … pour n’en citer que quelques uns !). Mais reléguer l’homosexualité à un sujet ultra secondaire, c’est à nouveau en faire un tabou.

Lors du précédent synode sur la famille, le sujet de l’homosexualité, très médiatisé au départ, a finalement été peu discuté. Dans le rapport final, le paragraphe 55, pourtant timide, sur « l’attention pastorale » à l’égard des homosexuels et la nécessité de les accueillir « avec respect et délicatesse », n’avait pas requis la majorité qualifiée (bien qu’une relative majorité). A noter, le rapport intermédiaire, plus ambitieux, évoquait aussi le caractère « positif »de certaines relations homosexuelles.

  • Ce que dit l’Eglise sur l’homosexualité

Pour résumer, un peu comme sur le sujet de l’avortement, l’Eglise ne condamne pas l’attirance homosexuelle ni les personnes homosexuelles, mais les « actes homosexuels ».

–    La Bible : elle parle peu d’homosexualité. Dans la Genèse, le passage sur Sodome et Gomorrhe condamne plus la violence sexuelle, le viol que l’homosexualité. Le Lévitique est plus explicite, et dit que lorsque deux hommes sont « ensemble dans une même couche », c’est « abominable » (sic). Ces passages concernent donc aussi le judaïsme. Pour le Nouveau Testament, dans un épitre, Saint-Paul  parle de l’idolâtrie en la comparant à l’homosexualité.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) : il distingue les personnes, leur orientation affective et sexuelle (en parlant de « tendances homosexuelles », de « condition homosexuelle »), et enfin, les actes homosexuels. Le simple fait de distinguer les actes des personnes, aujourd’hui, pose problème, alors que certains homosexuels font valoir leur « identité homosexuelle ».

Le CEC considère alors les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés ». Une expression très dure qui a fait l’objet d’un débat lors du précédent synode pour la famille, sur la nécessité de trouver un autre langage plus audible dans la société actuelle.

Ce terme étrange de « désordonné », vient du latin « inordinatos », qui signifie plus « non ordonné » que « désordonné », et ainsi « non ordonné » selon le « dessein créateur de Dieu », explique le père Dominique Foyer, responsable du séminaire « Théologie et homosexualité(s) » à l’Université catholique de Lille. Le CEC écrit ainsi : ces actes « sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. »

Autre aspect très difficile à comprendre (bien que certains catholiques homosexuels s’y soumettent) : le CEC écrit donc que « les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. »

Pour le CEC, les personnes peuvent maitriser leurs actes, mais ne sont pas responsables de leur « condition homosexuelle », qu’elles n’ont pas choisie.

Enfin, le CEC précise aussi que les personnes homosexuelles « doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse », et qu’on « évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » Bon, on l’aura compris, il y a du travail à faire pour faire évoluer la doctrine, et par conséquent le regard sur l’homosexualité au sein de l’Eglise. Rappelons qu’il s’agit ici de la doctrine de l’Eglise catholique, émanant du Vatican… dans la pratique, l’accueil des homosexuels peut différer d’une paroisse à l’autre, d’un pays à l’autre, etc.

  • Et le pape, dans tout ça ?

Difficile de comprendre le fond de sa pensée. Il a plusieurs fois clairement défendu le seul mariage entre un homme et une femme. Mais sur l’accueil des homosexuels dans l’Eglise, sa position semble plus nuancée, bien que difficile à interpréter.

Certes, le pape François a brièvement rencontré récemment à Washington Kim Davis, greffière américaine ayant refusé d’établir des certificats de mariage à des personnes homosexuelles. Mais très rapidement, le Vatican, dans un communiqué, a voulu minimiser la portée de cette rencontre : une rencontre proposée par la nonciature à Washington, et non par le Vatican… dans laquelle le pape ne serait « pas entré dans les détails »,  et surtout à ne pas « interpréter comme un soutien à sa position ». En outre, le lendemain, le Vatican se fendait d’un nouveau communiqué pour confirmer… la rencontre du pape François avec l’un de ses anciens élèves argentin homosexuel, et son compagnon.

En 2013, le pape disait aussi : «  Si une personne est homosexuelle et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? Le Catéchisme dit de ne pas marginaliser ces personnes. Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, nous devons être frères, (…) le problème est de faire des lobbies, lobbies des affaires, lobbies politiques, lobbies des francs-maçons, c’est cela le problème le plus grave. »

  • Sanctionné pour avoir rompu son vœu de chasteté

Mais le combat de Krzysztof Charamsa va plus loin. Tout en demandant la fin de l’obligation de chasteté pour les homosexuels, en étant lui même prêtre, il semble aussi prôner la fin de l’obligation de célibat et de chasteté pour les prêtres. 

Les sanctions du Vatican (ne plus pouvoir exercer ses fonctions à la curie romaine) ne correspondent pas à son homosexualité, mais bien au fait d’avoir rompu son vœu de chasteté comme prêtre. Un prêtre qui aurait annoncé avoir une relation hétérosexuelle aurait eu droit aux mêmes sanctions. Dans l’Eglise catholique, pour être prêtre, on doit obéir à la règle du « célibat sacerdotal », qui signifie une obligation de chasteté.

En outre, ce n’est pas le coming out qui est jugé « irresponsable» par le Vatican, mais plutôt la méthode et le moment utilisé pour le faire. A savoir, le choix de le faire à la veille du synode, en convoquant toute la presse, photographes, caméras, micros, etc.

  • Une méthode contre-productive ?

De nombreux commentateurs, pourtant d’accord pour briser le tabou de l’homosexualité au sein de l’Eglise, se montrent dubitatifs quant à la méthode utilisée par le père Charamsa. Pour eux, sa révélation « fracassante » pourrait même être contre-productive vis-à-vis des laïcs homosexuels.

A vouloir défendre deux causes très différentes à la fois (l’homosexualité, et la non-chasteté des prêtres), son message se brouillerait.  Dans La Repubblica, la réaction de Yayo Grassi, ancien élève du pape François, homosexuel et vivant en couple, peut surprendre « Charamsa n’a fait aucune faveur ni à la cause des homosexuels, ni au pape François. Plutôt qu’aux journaux, il aurait pu parler de son homosexualité à un prêtre ou directement au pape (…) Il me semble plus être quelqu’un qui cherche à attirer l’attention des médias. Le timing est raté, la façon dont il a parlé ne va pas. »

Dans le journal de centre-gauche L’Unità, le théologien Gianni Gennari, ancien prêtre désormais marié et en faveur de l’ordination de prêtres mariés, se montre lui aussi sceptique : Charamsa  «a trahi la promesse du célibat, et il s’est trompé en en parlant avant le synode. En faisant ainsi, il aide la partie la plus conservatrice de l’Eglise, qui veut obstruer le parcours réformateur de Bergoglio ! ».

Même prudence sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, ancienne correspondante au Vatican pour La Croix : le prêtre Charamsa « pose le problème de la place des homosexuels dans l’Église de manière on ne peut plus bancale : car ce qui est en question ici, ce n’est pas l’orientation sexuelle d’un prêtre, mais la fidélité à un engagement de célibat pris librement. Et il y a fort à parier que cette mise en scène hautement médiatique ne fera guère avancer la cause de tous les homosexuels qui peinent à trouver leur place au sein de l’Église…».

Congrès américain : le pape a-t-il sauté volontairement un passage de son discours sur la finance ?

Les observateurs sont unanimes : le discours du pape François devant le Congrès américain, hier, était historique. Ne serait-ce parce que c’était la première fois qu’un pape s’adressait aux deux chambres du Congrès américain réunies. Les thèmes choisis devant un congrès pourtant conservateur étaient audacieux : les migrants, l’abolition totale de la peine de mort, le commerce des armes… Un thème, pourtant, a semblé quasiment absent du discours : la finance.

C’est pourtant sur ce thème que le pape était très attendu, lui qui, dans son Encyclique Laudato si’ et devant les mouvements populaires en Bolivie, cet été, avait dénoncé les dérives du système capitaliste – sans jamais le nommer- avec des termes très vigoureux : des “nouvelles formes de colonialisme” fondées sur le “dieu argent”, une “économie qui tue”, qui “exclut”, etc.

Un discours qui avait suscité l’ire des milieux néo conservateurs américains, le qualifiant de “dangereux“ marxiste. Il se trouve que le discours prévu (distribué auparavant aux journalistes) contenait bien un passage sur la finance, que le pape François a sauté lors de son allocution. Il y assurait notamment, s’appuyant sur la Déclaration d’indépendance américaine de juillet 1776 :

« Toute activité politique doit servir et promouvoir le bien de la personne humaine et être fondée sur le respect de sa dignité. (…). Si la politique doit vraiment être au service de la personne humaine, il en découle qu’elle ne peut être asservie à l’économie et aux finances.  (…) Je ne sous-estime pas la difficulté que cela implique, mais je vous encourage dans cet effort. »

Le pape a-t-il sciemment sauté ce passage pour ne pas froisser son public ? Interpellé par les journalistes sur place, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a démenti : selon lui, le pape aurait simplement eu “un moment de distraction” et aurait bien souhaité que ce passage du texte soit publié, le jugeant “important”. Un “acte manqué”, alors  ? Nul ne saura…!

Yom Kippour, Aid al-Adha et le pape François

Ce mercredi 23 septembre, les juifs célèbrent une fête très importante dans leur communauté : Yom Kippour, le jour du Grand pardon. Cette fête, considérée comme la plus sainte de l’année juive, arrive au terme d’une période d’une dizaine de jours après Roch Hachana (nouvel an juif), pendant laquelle il s’agit d’être irréprochable : jeûne, prière, etc. Cette année, le même jour, les musulmans célèbrent également une fête importante pour eux : l’Aïd al-Adha, en commémoration du sacrifice d’Abraham et pour marquer la fin de la période des pèlerinages (hajj).

Cette année, ces deux fêtes surviennent dans un contexte de forte tension à Jérusalem Est et dans la vieille ville. Pendant une semaine, des affrontements ont eu lieu entre la police israélienne et des manifestants Palestiniens.

Des émeutes ont souvent lieu chaque année à l’approche de ces fêtes. La différence de “ton“ des célébrations accroît parfois les tensions : les juifs appellent plus au silence et à l’arrêt de toute activité dans la sphère publique, lorsque les musulmans au contraire sont dans un esprit plus festif, avec des barbecues par exemple. En 2008, ce qui avait commencé comme une dispute de voisinage s’est transformé en trois jours de violence à Saint Jean d’Acre, lors de Yom Kippour. L’année 2014 fut particulièrement explosive : Yom Kippour coïncidait avec l’Aïd al-Adha, et en outre, l’après-guerre à Gaza.

Pour appeler à l’apaisement, The Abraham fund, un organisme qui promeut la coexistence entre Israéliens et Palestiniens, a créé une vidéo en hébreu et en arabe pour expliquer ces deux fêtes aux enfants.

Comme le relève USA Today (cité par Courrier international), aux Etats-Unis, ces deux fêtes coïncident aussi avec la visite du pape François, qui souligne deux conséquences : « pour le personnel juif de la Maison-Blanche, il faudra choisir entre faire Kippour et être présent lorsque le pape rendra visite à Barack Obama ». Les musulmans, quant à eux, « devront choisir entre célébrer l’Aïd al-Adha et suivre le discours du pape au Congrès, qui a été décalé d’un jour pour ne pas coïncider avec Yom Kippour ».

A Washington, demain 24 septembre, François sera ainsi le premier pape de l’histoire à s’adresser devant le congrès américain, à majorité républicaine. Son discours est très attendu… et redouté par les républicains peu en phase avec les positions du pape argentin : dénonciation des armes nucléaires, et plus généralement du trafic d’armes, critiques des dérives du capitalisme, défense des migrants, appel à l’engagement contre le changement climatique… Affaire à suivre !

Illustration : dessinateur Michel Kichka 
Sources : Courrier International ;  JPost ; i24news.tv ; L’Espresso; CNN.com

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